Baye J. d., De Penza a Minoussinsk. souvenirs d'une mission. extr. de la Revue de geographie-1898

DE PENZA A MINOUSSINSK 7 « se secoue et s ’ agite, c ’ est la Mordva qui adore son dieu. Des seaux « sont remplis d ’ une bière délicieuse, à des bâtons pendent des « galettes d ’ œufs; dans des chaudrons, les prêtres font cuire la « viande. » Les anciens de la Mordva, apprenant l ’ arrivée du prince russe, envoyèrent des jeunes gens lui porter de la bière et de la viande. Mais en chemin, les jeunes gens mangèrent la viande et burent la bière, et au prince russe ils n ’ apportèrent que de la terre et de l ’ eau. Le prince se réjouit de ce présent qu ’ il considéra comme une marque de soumission de la Mordva. Il continua a descendre la Volga; lorsqu ’ il jetait sur la rive une poignée de cette terre, il y naissait une ville; lorsqu ’ il jetait une pincée de cette terre, il y naissait un bourg, c ’ est ainsi que la terre des Mordvines fut soumise aux Russes. » Les Mordvines sont des Finno-Ougriens de la branche bulgare, comme les Tchérémisscs et les Tchouvaches. Jusqu ’ au xv e siècle, ils demeurèrent une nation puissante. Actuellement, il y a 176,689 Mordvines dans le gouvernement de Penza. Ils se divisent en deux branches : les Mokcha qui tirent leur nom de la rivière Mokcha; les Erzia, nom qui, en langue mordvine, signifie beau. Je ne veux pas vous donner une compilation même résumée de ce qui a été écrit sur les Mordvines. Je me propose de vous con duire au village où je les ai étudiés. Un équipage traîné par quatre chevaux de front (tchétviorka) nous a porté à 20 verstes de Penza, dans le district de Gorodisché, au village de Célixa habité par 2,000 Mordvines convertis à la religion orthodoxe qui y fut im plantée il y a cent cinquante ans environ. Dans le village en ques tion, il existe 100 maisons de vieux croyants. Célix en mordvine signifie ormeau, de là le nom de cette localité. Dans ce bourg, j ’ ai pu constater des survivances du paganisme. Il y a trente ans, les Mordvines de Célixa se rendaient encore sous un chêne sacré pour y prier, pour y tuer un bœuf qu ’ ils faisaient cuire et dont tous les assistants mangeaient la viande. Le chêne sacré existe encore à 3 kilomètres des habitations. Actuelle ment, le premer samedi après la Trinité, on y tue une oie qui a été nourrie par tous les villageois. Dès l ’ aube, ils vont sous l ’ arbre sacré, prient d ’ abord et mangent ensuite l ’ oie en buvant force braga qui est la boisson locale. Ce jour est nommé jour de la prière. Les Mordvines que j ’ ai vqs opt un singulier remède pour soi-

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