Baye J. d., De Penza a Minoussinsk. souvenirs d'une mission. extr. de la Revue de geographie-1898
6 DE PENZA A M1N0USSINSK de tels éléments que se sont formés jadis, et que se forment encore, des centres de population. Gomment pourrait-on songer que ces élé ments, relativement peu nombreux comparativement auximmenses étendues, que ces éléments d ’ un niveau moral peu élevé, dussent personnifier, synthétiser les tendances de la Sibérie, et pussent un jour avoir la prétention de diriger son développement! Remarquez-le, l ’ esprit des descendants des premiers émigrés en Sibérie est resté celui de leurs pères, ils ont hérité des idées de leurs ascendants. Ils ont une notion plus ou moins vague que la Sibérie n ’ est pas la Russie, mais une colonie russe et qu ’ elle doit se développer un peu différemment. C ’ est là une grave erreur. La Sibérie ne peut et ne doit se développer que par la Russie, avec toutes ses tendances; c ’ est d ’ elle qu ’ elle doit attendre son avenir. Le sang russe y pénètre maintenant par l ’ émigration des paysans. Il faudrait l ’ apport d’ autres éléments, d ’ un ordre plus élevé, élé ments appartenant à la classe des gens instruits et cultivés, celle même qui a le plus de prévention contre la Sibérie. Il faudrait, par exemple, créer des propriétés et les donner à des hommes dévoués ayant rendu des services à la patrie. Ainsi la transformation, la pénétration de la Sibérie serait com plétée, et ce nom de terre de l ’ exil serait oublié et transformé en terre de l ’ avenir. Il faudrait de plus que l ’ âme, que l ’ esprit, que les aspirations nationales s ’ en emparassent en introduisant, outre le sang, les grands principes d ’ unité, de force d ’ expansion, de vitalité morale, de foi dans l ’ avenir, qui font de la Russie le colosse puissant que nous admirons. Sur le chemin de la Sibérie, je me suis arrêté une fois, pour me rendre à la gracieuse invitation du prince Sviatopolk-Mirsky, gou verneur de Penza. L ’ occasion de voir des Mordvines se présentait d ’ une façon si avantageuse qu ’ il eût été impardonnable de s ’ y soustraire. Sur les territoires correspondant au gouvernement de Penza, les Russes sont, pour ainsi dire, des nouveaux venus. Connaissez-vous la légende relative à la conquête des Mord vines ? La voici : « Le prince des Russes naviguait sur la Volga; il aperçut, au haut d ’ une montagne, la Mordva en souquenille blanche qui adorait son dieu et il dit à ses guerriers : « Quel est donc ce « blanc bouleau qui se secoue et s ’ agite là-haut et qui sur la terre « nourricière s ’ incline vers l ’ Orient?» Il envoyades gens regarder de plusprès; ils revinrent et lui dirent : « Cen ’ est pas un bouleau qui
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2