Baye J. d., De Penza a Minoussinsk. souvenirs d'une mission. extr. de la Revue de geographie-1898
8 DE PENZA A M1N0USS1NSK gner la vue. On bat le briquet près de l ’ œil malade, de façon à dii iger 1 étincelle vers! œil pour le guérir. Avis aux oculistes ! Les maladies d ’ yeux sont fréquentes dans les villages où les maisons sont dépourvues de cheminées. Des vieilles femmes nommées Vo- rogéïa (diseuses de bonne aventure) remplacent généralement les médecins. Elles se servent d ’ un tube en bois. Une extrémité de ce tube est appliquée sur la partie malade et la Vorogéïa, appuyant sa bouche sur l ’ autre bout du tube, y souffle quelques paroles magiques pour amener la guérison. Voici une autre pratique locale usitée pour le mariage: la fiancée, seule dans une téléga, se rend à l ’ église. Au-dessus de la telega, des cercles de bois maintiennent une toile qui abrite la jeune fille. Un homme suit brandissant une faux comme pour fau cher tout ce qui dans les airs pourrait être nuisible à la fiancée. Apres la ceiemonie, au sortir de 1 eglise, la nouvelle mariée est portée jusqu ’ à sa maison sur les bras des garçons d ’ honneur. Autre usage ancien. Aussitôt qu ’ une personne meurt, on place sous le cadavre soit une hache, soit un gros couteau, c ’ est pour couper la maladie afin qu elle ne fasse pas d ’ autres victimes. Les fumeurs (suprême consolation!) sont accompagnés dans le cercueil de leur pipe (en mordvine pipka), de leur blague à tabac, de la pierre à feu et du briquet. Les Mordvines vont fréquemment prier sur la tombe de leurs parents. Ils pratiquent un trou sur la sépulture et y versent soit de la vodka (eau-de-vie), soit de la braga (boisson fermentée), puis ils y déposent quelques vêtements qu ’ ils emportent ensuite. Il y a trois ans, par un temps de grande sécheresse, un vieux Mordvine mourut. On conduisit sur sa tombe 5 ou 6 tonneaux d eau, on les y versa afin que le défunt intercédât auprès de Dieu pour obtenir la pluie. Je vous ai cité quelques-unes de ces coutumes, naïves survi vances des anciens temps, coutumes qu ’ il faut recueillir bien vile avant leur disparition. A Célixa, depuis quinze ans, les hommes ont presque complète ment abandonné leur costume national. Ils portaient des che mises blanches à raies rouges, se coiffaient en hiver d ’ un bonnet de mouton blanc et en été d ’ un chapeau rappelant nos tuyaux de poêle. Petit à petit, tout cela disparaît. En occident, on a beau coup critiqué nos chapeaux élevés, on les a maudits, on a même
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2