Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

SAINT-PÉTERSBOURG. 77 fourrures et les pieds chaussés débottés de feutre, adressent aux passants les plus séduisantes provocations : — Daignez m ’ acheter du drap anglais, monsieur, des soieries de Lyon, madame, des rubans de Paris, des gants de Suède, des foulards de l ’ Inde, etc. J ’ ai dit que tous les objets vendus au Gostinoï-dvor sont des produits indigènes, et, par conséquent, il faut bien le dire, d ’ une excessive infériorité; et, à cet égard, les marchands savent à quoi s en tenir, et ne sauraient abuser personne. — A quoi tient cet état de choses?... à une grande incurie, au laisser-aller, au non- chaloir commun aux classes industrielles. — Le Russe est routi ­ nier et n ’ aime pas la peine. Il a encore besoin de l ’ initiative du gouvernement ; partout où cette initiative manque, l ’ infériorité se montre. Et cependant, malgré tout, la force des choses l ’ emporte : — il y a des progrès. Puisque je viens de dire que le marchand russe a l ’ habitude de demander le double de la valeur de sa marchandise, que je m ’ em ­ presse d ’ ajouter qu'à cet égard il est encore à cent lieues du Tatar. Je parcourais un jour avec un ami le quartier des Tatars ou Gostinoï-dvor de Moscou ; c ’ est la ligne des robes de chambre, article dont les anciens vaincus de Kazan semblent s ’ être réservé le monopole. Mon compagnon, étourdi par les provocations d ’ un vieux marchand kalmouk , entra dans sa boutique. On expose devant lui une montagne de robes de chambre. 11 en choisit ui.e en petite soie de Perse écrue, parfaitement imitée à Moscou. Elle était assez bien ouatée et doublée d ’ un tissu de coton à dessins bizarres. — Combien cette robe de chambre? demanda-t-il au Tatar. Alors celui-ci, comme le berger de Panurge, se mit à chanter les qualités de sa marchandise. — Vous êtes un fin connaisseur, sur ma parole, monsieur; de toutes ces robes de chambre, vous avez choisi la plus riche et la

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