Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

7(5 VOYAGE EN RUSSIE. — C ’ est moi qui suis la cause de tout le mal, dit-il. Ce matin, j ’ ai rencontré Vernet et l ’ ai entretenu un instant : le pauvre garçon aura été arrêté. Vite, qu ’ on aille le délivrer. A ce moment, le rapport du maître de police touchant le comé ­ dien était remis au directeur. Un quart d ’ heure plus tard, Vernet était libre et entrait dans la loge du tsar, qui l ’ avait fait demander. — Je suis désolé, mon cher Vernet, lui dit en souriant le sou ­ verain, de la mésaventure qui vous est arrivée à mon sujet. Ou- bliez-la, je vous prie, et me mettez à même de vous être agréable en quelque chose. Voyons, qu ’ avez-vous à me demander? — Puisque Votre Majesté veut bien m ’ accorder une grâce , répondit l ’ artiste, je la supplie de ne plus me faire l ’ honneur de s ’ approcher de moi lorsque je la rencontrerai dans la rue. L ’ empereur sourit et renvoya affectueusement Vernet, qui n'eut pas à se plaindre de l ’ aventure. C ’ est sur la Perspective que se trouve le grand Bazar, ou Gos- tinoï-dvor russe, vaste marché asiatique, qui vous ferait volontiers rêver de Bagdad ou de Bassora , n ’ était , dans cette saison , la rudesse du temps. C ’ est un immense bâtiment de forme carrée, renfermant une cour et des magasins intérieurs non moins vastes. Les quatre faces sont bordées par une galerie voûtée basse et lourde. Ce bazar est divisé par lignes ou compartiments consacrés aux diverses spécialités de marchandises : ici se vendent les draps, ici les porcelaines, ici les nouveautés, les tapis, les toiles, le pa ­ pier, etc. Tous ces objets sortent généralement des manufactures nationales; aussi se vendent-ils à des prix bien inférieurs à ceux des mêmes objets arrivés de l ’ étranger : ce qui n ’ empêche pas le marchand russe de vous jurer que sa marchandise est allemande, anglaise ou française, et de vous demander le double de sa valeur. Chaque marchand est debout devant la porte de sa boutique; un commis lui fait pendant, et ces deux hommes, enveloppés de

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