Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SAINT-PÉTERSBOURG. 75 — De lui ?... allons donc ! Suivez-moi , monsieur, et que je ne vous le répété. — Mais je vous répète, moi, que s ’ il y a un coupable dans tout ceci, c ’ est l ’ empereur. Je suis Vernet, du théâtre français : com prenez-vous actuellement que l ’ empereur me connaisse ? Ce que l ’ homme de la police comprenait le mieux, c ’ est qu ’ on lui résistait. Le monde s ’ amassait. Le nadziratel commençait à s ’ irriter, et, saisissant tout à coup Vernet par le bras, il lui dé clara que s ’ il ne voulait pas le suivre de bonne grâce, il allait appeler à son aide. Force fut à l ’ artiste de prendre son parti. L ’ officier de police le conduisit au poste le plus voisin, où il le consigna , remettant à la fin de la journée de faire son rapport. Le soir arriva, et bientôt après l ’ heure du spectacle. Vernet ne se présentait pas. On envoya chez lui ; il n ’ y avait pas reparu depuis le matin. Le régisseur en chef ' fut obligé de changer le spectacle. Cependant l ’ empereur vint occuper sa loge, comme il l ’ avait promis à l ’ acteur, et fut fort désappointé en ne voyant pas repré senter le Père de la Débutante,- il le fut davantage encore en ne voyant figurer Vernet dans aucune des pièces inscrites sur une affiche rapidement tracée à la main. Il voulut en savoir la raison et s ’ adressa au directeur, qui lui annonça la disparition de l ’ artiste. Comme il vit le mécontente ment se peindre sur le front du souverain : — Sire, s ’ empressa-t-il de dire, je n ’ ai été instruit de tout ceci qu ’ au lever du rideau; mais j ’ ai aussitôt donné des ordres pour que Vernet soit retrouvé sans retard. L ’ empereur demeurait pensif. Tout à coup il porta la main à son front : 1 M. F. Peyssard, homme aussi intelligent qu ’ actif et plein de goût, auquel notre littérature dramatique doit une partie de la considération dont elle jouit en Russie.
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