Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

w r SAINT-PÉTERSBOURG. 67 VIH La mort. — Champs de repos. — Celui de Smolensk. Je rentre à Saint-Pétersbourg et profite de quelques tiède s jour ­ nées , les dernières sans doute de la saison , pour aller faire une visite triste et mélancolique. La mort est une religion douce et tendre, que les Russes pra ­ tiquent avec amour. Il y a je ne sais quoi d ’ antique et de généreux dans le culte qu ’ ils rendent à ce dernier mystère de la vie, au- delà duquel il n ’ est plus de mystère. Et d ’ abord ils ne se hâtent pas, comme nous, de se séparer des derniers restes de leurs parents , de leurs amis, de ceux que la mort vient de leur enlever. Ils s ’ empressent, au contraire, de leur . dresser un catafalque dans la plus belle pièce de la maison. S ’ ils sont riches, la pièce se transforme en une chapelle ardente. Là, soir et matin, les diacres prient : la nuit les prières continuent; le mort est à visage découvert ; il est entouré de cierges et de fleurs, paré de ses habits officiels, s ’ il fut au service; les femmes de leurs plus riches vêtements. Les jeunes filles sont en blanc. Le cercueil est recouvert de velours aux couleurs chatoyantes, avec des ornements d ’ argent. Une plaque de métal brillant indique l ’ âge, l ’ état et la qualité du défunt. Les pauvres mêmes embel ­ lissent leurs cercueils : ils les font peindre, ils les ornent de fleurs, ils leur enlèvent , si je puis dire, la laideur de la mort Pendant trois jours le défunt demeure exposé dans sa maison, où ses amis viennent lui faire leur dernière visite, et , comme on dit dans le pays, prendre congé de lui en l ’ embrassant; — c ’ est surtout à la levée du corps qu ’ a lieu ce dernier devoir. — Les cé ­ rémonies funèbres sont d ’ ailleurs longues et minutieuses, comme toutes les cérémonies de l ’ Église grecque. A dater du moment de l ’ enlèvement du cercueil, il est rare qu ’ elles durent moins de quatre

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