Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

68 VOYAGE EN RUSSIE. heures. Au retour du cimetière, les amis de la famille du défunt, ceux qui furent invites aux obsèques, sont retenus à un somptueux festin. Les pauvres se contentent de manger, sur la fosse même qu ’ on vient de recouvrir de terre, quelques croûtes de pain trem ­ pées dans le miel. Les riches couvrent leurs tables des mets et des vins les plus délicats. Il est inutile de dire que ces sortes d'a ­ gapes mortuaires ne tardent pas à s'éloigner du caractère de leur origine, surtout pour peu qu ’ il y ait abondance devins, ce qui manque rarement. La philosophie d ’ Epicure prend soin d ’ en chas ­ ser la mélancolie. On pourrait citer le repas funèbre qui a suivi dernièrement les funérailles du riche marchand Ponomareff : c ’ était quelque chose de fabuleux. On aurait pu se croire aux noces de Gamache. Des tables pour mille convives avaient été dressées dans l ’ hôtel de l ’ opulent héritier. Ce qui se consomma de vins de France, et entre autres de bourgogne mousseux, est inouï. — Du bourgogne mous ­ seux, et non du champagne, — ce dernier vin étant exclusivement adopté pour la célébration des événements heureux : il faut de la convenance en toute chose. Rien de mieux tenu, de plus propre, de plus verdoyant que les cimetières russes. Ils sont coupés de grandes allées bordées de bou ­ leaux et constamment sablées avec soin : de ces allées partent une infinité de sentiers qui conduisent dans l ’ intérieur du champ de repos. Les monuments y sont nombreux; il est peu de fosses qui n ’ aient au moins leur pierre, et les plus pauvres ont une croix; car ici l ’ espace est vaste, et la dernière place qu ’ on doive occuper sur la terre, jusqu ’ à ce que le cadavre même ait perdu son nom, suivant la belle expression de l ’ orateur chrétien, cette place coûte peu : 5 roubles (20 fr.). Toutes les tombes sont ombragées de quelque arbre funéraire. Néanmoins on y voit peu de sapins. Les fleurs y abondent: les églantiers, les rosiers, le chèvrefeuille sau ­ vage, les plantes à jets, caressent de leurs feuilles mobiles les pierres tumulaires, tandis que quelque grand bouleau pleureur

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