Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

KAMTCHATKA. 527 dans quelques autres parties de la péninsule, qu ’ il a existé une époque, perdue maintenant dans la nuit des temps, où le Kamt chatka possédait une population plus nombreuse et une civilisa tion plus avancée que celles qu ’ on y trouve de nos jours. La religion des habitants du Kamtchatka fournit une preuve de plus en faveur de l ’ antiquité de leur origine. Car, bien que ceux d ’ entre eux qui n ’ ont point encore embrassé le Christianisme soient adonnés aux pratiques superstitieuses du chamanisme, on trouve cependant encore chez eux d ’ anciennes traditions qui in diquent des idées religieuses plus élevées; et au milieu de leurs grossières idolâtries, on distingue le culte défiguré d ’ un Dieu tout-puissant, créateur du monde, nommé Kutka; le dogme de 1 immortalité de l ame a laissé également des traces dans leur es prit; et la croyance où ils sont que tous les animaux possèdent une âme aussi bien que l ’ homme rappelle, en quelques points, le système de la métempsycose et tendrait à prouver que les an ciens habitants de cette partie de l ’ Asie venaient primitivement des régions voisines de l ’ Inde, ou tout au moins avaient eu quel ques rapports avec ses peuples auxquels ils avaient emprunté ses principaux dogmes religieux. Mais si tout porte à croire que le Kamtchatka a eu des jours de splendeur et de civilisation, on est forcé de convenir que les mi sérables habitants qui errent maintenant sur ses plages incultes sont bien déchus de la gloire de leurs ancêtres; et non-seulement aujourd ’ hui les Kamtchadales ont oublié ces arts de luxe dont on trouve encore chez eux quelques anciens monuments échappés à la destruction, mais ils ignorent complètement les arts les plus indispensables à la vie. Sans blé, sans grains, sans farine, igno rant d ’ ailleurs l ’ art de faire le pain, ils suppléent à cet aliment par une sorte de pâte qu ’ ils font avec la chair de poisson. Cette grossière nourriture, qu ’ ils nomment zaal, se prépare de la ma nière suivante : on prend différentes sortes de poisson, les es pèces saumonées sont celles qu ’ on préfère ; on découpe les pois-

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