Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
524 VOYAGE EN RUSSIE. rains, la plaine offre à l ’ œil une suite d ’ ondulations parallèles, qui s ’ élèvent d ’ espace en espace comme des collines. Tout cela re couvert de la plus riche verdure. On dirait l ’ Océan après quel que horrible tempête , lorsque le vent a soulevé les vagues écu- meuses et hérissé de montagnes le dos de la plaine liquide. Et il semble, à voir ces monticules de verdure, que ce sont des vagues qui, tout d ’ un coup solidifiées et transformées en terre par quelque baguette magique, ont été condamnées à l ’ immobilité éternelle. Mais c ’ est à peine si dans la solitude de ces vastes pâturages apparaissent de loin en loin quelques troupeaux de chevaux , de bœufs et de moutons, que pousse devant lui un Cosaque à cheval et la lance au poing; le reste de ces trésors naturels, qui pourraient engraisser d ’ immenses troupeaux, est abandonné, aux élans ou aux rennes sauvages par l ’ insoucieux et indolent habitant de ces contrées, qui préfère aux douceurs de la vie du laboureur ou du pasteur les rudes labeurs d ’ une existence consa crée à la pêche et à la chasse, bien que souvent cependant ces moyens soient insuffisants pour ses besoins les plus indispen sables. Le chien et le renne sont les seuls animaux domestiques que les Kamtchadales consentent à élever et dont ils veuillent se servir. Le chien est plus particulièrement employé à tirer les traîneaux, et c ’ est chez ces peuples qu ’ on a perfectionné pour ce genre de travail l ’ éducation de ces utiles animaux. Rien n ’ est rigoureux comme la manière dont on élève au Kamtchatka les chiens desti nés à devenir des bêtes de trait. Mais si cette éducation sévère rend le chien plus propre à ce rude métier, elle détruit d ’ un autre côté, par son excessive rigueur, les qualités naturelles à cet ami de l ’ homme, en fait un esclave et lui en donne tous les défauts. Le chien du Kamtchatka joint en général à la duplicité l ’ amour du vol et le désir de fuir celui auquel il appartient. Comment en serait-il autrement? et quel attachement peut-il avoir pour un maître qui le maltraite depuis le jour de sa naissance jusqu ’ à
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