Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

KAMTCHATKA. 523 les froids de dix-huit degrés n ’ y sont que de rares exceptions. La saison d ’ été n ’ y dure guère que trois mois pendant lesquels on n a point l ’ inconvénient des grandes chaleurs de l ’ été de la Sibérie; le chaud y est comme le froid , modéré et supportable, les belles journées ne voient guère le thermomètre monter au dessus de douze ou quinze degrés, quand il s ’ élève jusqu ’ à vingt c ’ est un fait extraordinaire. Dans de pareilles conditions de climat, le Kamtchatka ne pouvait manquer d ’ être propre à la production , aussi son sol est-il en général d ’ une grande fertilité. Les céréales d'Europe y viendraient parfaitement , mais la culture y est à peu près inconnue des in ­ digènes et complètement négligée par les colons russes , qui ne viennent guère dans cette province éloignée que pour faire for ­ tune et qui, en général, préfèrent le commerce à l ’ agriculture comme un moyen plus rapide d ’ atteindre le but qu ils se pro ­ posent. Les pâturages surtout y sont magnifiques; l ’ herbe y ondoie à grands flots comme dans les savanes de la Louisiane, et parmi les souvenirs qu'ont laissés dans mon esprit tant de merveilles entre ­ vues pendant le cours de ma vie errante, l ’ impression produite sur moi par ces vastes plaines de verdure , n ’ est ni un des moins gracieux , ni un des moins imposants. Ce n ’ est pas, en effet, un spectacle sans charme et sans grandeur que celui d ’ une immense prairie, verte comme une émeraude, qui s'étend sans limite autour de vous, du Nord au Sud, de l ’ Est à l ’ Ouest, en présentant partout une surface unie comme celle d ’ un lac à l ’ eau dormante. Mais vienne le vent et la scène s ’ anime; son souffle, en passant au-dessus de la prairie, courbe l ’ herbe flexible; tout est en mouve ­ ment, et l ’ on voit se dessiner sur la plaine des vagues d'ombre et de lumière qui ressemblent à des nuages traversés et colorés par le soleil. Quelquefois le steppe varie dans son aspect : ce n ’ est plus alors une terre unie comme la surface des eaux, mais c'est toujours cependant une prairie sans arbres et couverte d ’ une herbe luxuriante. Coupée çà et là par de légers accidents de 1er-

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