Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

518 VOYAGE EN RUSSIE. pelisses ornées de riches fourrures, furent distribués au milieu des éloges prodigués aux vainqueurs, et la fête se termina par un grand repas auquel la rancune que mon estomac avait vouée la veille à la cuisine tchouktchas ne me permit pas d ’ assister. J'avais été si bien reçu par les femmes de la tente où j ’ avais fait visite, que pour leur faire politesse à mon tour je crus devoir leur offrir quelques grains de verroterie. Les femmes sont les mêmes partout, et mon cadeau fit merveille ; on s ’ en para sur-le- champ, et, pour me témoigner toute la reconnaissance qu ’ on éprouvait de mon galant procédé, trois femmes se mirent à exé cuter devant moi une danse cadencée sur une mélodie rude et stri dente, dans laquelle je ne distinguai que des contorsions affreuses accompagnées de grimaces épouvantables. Cet exercice choré graphique ne se termina que par la lassitude des actrices, qui se laissèrent tomber à la fin les unes après les autres épuisées de fatigue et ruisselantes de sueur. D ’ après le conseil de Trétiakoff, qui connaissait depuis longtemps les goûts et les habitudes de ces charmantes bayadères, je leur offris, en guise de rafraîchissements, du tabac et de l ’ eau-de-vie qui furent acceptés avec des trans ports d ’ enthousiasme. Grâce à cette politesse, je parvins à me concilier à peu de frais la bienveillance de toutes les dames de la tribu, à tel point que je suis convaincu que mon souvenir n ’ est point encore effacé de leur esprit, et que lorsqu ’ on s ’ entretient de moi sous les pologues c ’ est pour me proclamer le plus aimable voyageur qui ait jamais visité les Tchouktchas. Comme on le voit, en effet, je représentais assez dignement la France et soutenais ho norablement la réputation de galanterie acquise depuis longtemps à mes compatriotes. La pluralité des femmes est en honneur chez ces peuplades, et il n ’ est pas rare de rencontrer des Tchouktchas qui ont jusqu ’ à cinq et même six épouses. Le genre de vie comparativement excellent que je menais dans le village des Tchouktchas m ’ avait complètement remis des fatigues

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