Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SIBÉRIE. 519 de notre pénible voyage; mais, craignant de m'endormir dans les délices de Capoue, je saisis, pour continuer mes excursions, l ’ occasion d ’ une expédition prochaine que quelques Tchouktchas se proposaient de faire sur les bords de la mer Glaciale. 11 s'agissait d ’ une chasse aux phoques, et il fut décidé que j ’ accompagnerais les chasseurs pendant que mon ami Trétiakoff resterait au village à soigner les intérêts de son commerce qui se trouvaient parfaite ment bien de son séjour parmi ces peuplades. Nous avions résolu de gagner le cap Chélagsk, et comme les chemins que nous avions à parcourir ne permettaient pas d ’ em ployer les rennes, nous partîmes pour notre expédition sur huit traîneaux tirés par des chiens. Les nartas ou traîneaux dont se servent les Tchouktchas sont légers et rapides, mais d ’ une forme longue et étroite qui ne laisse pas que d ’ être fort incommode. Le cocher y est fort mal assis; placé de côté et toujours prêt à sauter à terre à la moindre apparence de danger, il tient d ’ une main une courroie dont l ’ extrémité opposée est fixée au traîneau, et de l ’ autre un gros et long bâton garni de grelots qu ’ il agite pour diriger la marche des chiens, et sur lequel il s ’ appuie en cas de besoin. Quant à moi, ma position n ’ était pas plus commode; j ’ étais égale ment assis de côté et, placé dans mon traîneau derrière le cocher, je devais aussi nécessairement faire preuve d ’ agilité et sauter à terre fort souvent pour remettre le traîneau sur la bonne voie. Notre route, quoique pénible, ne fut signalée par aucun inci dent remarquable, si ce n ’ est que nous tuâmes un énorme ours blanc qui était parvenu à pénétrer dans notre camp, mais heureu sement on s ’ aperçut à temps de sa présence, et on lui fit expier chèrement cette violation de domicile avant qu ’ il eût pu nous faire aucun mal. Enfin, un soir, après avoir gravi une pente abrupte, je me trouvai au sommet du cap Chélagsk. De ce point élevé que j ’ étais venu chercher jusqu ’ aux extrémités de la terre, je vis s ’ étendre devant moi un horizon immense. Parties des vagues confins de
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