Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
516 VOYAGE EN RUSSIE. toundra. A l ’ arbre où s ’ adosse le pavillon du chef sont suspendus les arcs, les carquois et les dépouilles des animaux tués à la chasse. La cuisine se fait le plus souvent en plein air à des feux allu més sur la neige et dans des chaudières où l ’ on met cuire de la viande de renne. Enfin, pour compléter le tableau, les Tchouktchas enveloppés dans leurs pelisses , sur lesquelles le givre étend une croûte de glace, circulent de côté et d ’ autre , ou bien assis près de leurs tentes sommeillent, par trente ou quarante degrés de froid, aussi nonchalamment qu ’ un lazarone qui ferait sa sieste quoti dienne sous le magnifique dais d ’ azur que forme le ciel de la molle Parthénope. Les tentes des Tchouktchas sont fort remarquables; elles sont en peaux de rennes tannées avec soin, leur forme est celle d ’ un cône. Une première tente en renferme toujours une seconde, plus petite bien entendu et de forme différente. Cette seconde tente est de forme triangulaire et couverte d ’ une peau de renne double disposée de manière à ne laisser pénétrer ni jour ni air : on la nomme polo gue. Elle est si basse qu'on ne peut s ’ y tenir qu ’ assis ou couché; on n ’ y entre et on n ’ en sort qu ’ en rampant. Au centre du pologue, assez vaste pour contenir toute la famille, se trouve une lampe constamment allumée le jour comme la nuit ; elle est en terre et garnie d ’ une mèche de mousse enduite de graisse de baleine. On se figurerait difficilement de quel atmosphère se trouve rempli ce pologue, dont l ’ intérieur n ’ a, dans la crainte du froid, aucune communication avec l ’ air extérieur. J ’ eus la curiosité d ’ en visiter un, et j ’ avoue que je fus peu tenté d ’ y faire un long séjour, tant j ’ avais le cœur soulevé par les miasmes putrides provenant moins encore de la fumée grasse qui s ’ échappait de la lampe que des éma nations d ’ une dizaine de personnes qui se trouvaient réunies dans cet étroit espace et dans un état de complète nudité. La femme et la fille de mon hôte me forcèrent à m ’ asseoir auprès d ’ elles pendant qu elles s ’ occupaient du soin de tresSUr leurs cheveux ruisselants de graisse. C ’ était, à ce qu ’ il paraît, une politesse qu ’ elles me fai -
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