Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
iindàni SIBÉRIE. 511 lièrement rétrécies à la suite de sanglants combats qu ’ ils eurent à soutenir contre les Cosaques, conquérants de la Sibérie. Fiers de leur indépendance, ils méprisent les autres peuples et n ’ imaginent pas qu ’ il y ait au monde de sort plus heureux et de condition plus honorable que de vivre en liberté, sous une tente que l ’ on trans porte à son gré, du produit de nombreux troupeaux de rennes qui leur fournissent abondamment de quoi se nourrir, se vêtir et se loger. — Que faut-il de plus, en effet? Et ces barbares auraient-ils raison? — Mais en gardant leur indépendance, lesTchouktchas ont aussi conservé dans leurs mœurs une sauvage rudesse trop sou vent empreinte du cachet de la cruauté. Leurs coutumes, comme les lois de Lycurgue, condamnent à la mort l ’ enfant qui a le malheur de naître avec quelque difformité. Mais si les lois rigoureuses du législateur de Sparte méconnaissaient trop souvent les droits les plus sacrés de l ’ humanité, elles rachetaient au moins cet outrage à la nature par le respect qu ’ elles imposaient pour la vieillesse. Chez les Tchouktchas, au contraire, tout vieillard que les infir mités de l ’ âge ont affaibli et qui n ’ est plus capable de supporter les fatigues de la vie nomade est regardé comme un être inutile qu'on égorge sans pitié. Cette barbarie a même tellement passé dans les mœurs de ces peuplades, qu ’ elle étouffe chez les indivi dus le sentiment de leur conservation, et qu ’ on a vu souvent des vieillards demander eux-mêmes à leurs enfants, avec un stoïcisme étonnant, de mettre un terme à une existence devenue pour tout le monde un pesant fardeau. Au moment où nous arrivions au milieu de ces sauvages, on s ’ entretenait encore sous leurs tentes de la mort tragique d ’ un de leurs chefs les plus vénérés, qui, quelques mois auparavant, avait réuni autour de lui ses nombreux enfants, pour leur déclarer que, se sentant désormais incapable de conti nuer à la famille les services qu ’ il lui avait rendus jusque-là, il réclamait de leur piété filiale de le délivrer de l ’ existence. C ’ était en vain que ses enfants, pleins d ’ amour et de vénération pour lui, avaient tenté de le détourner de ce sinistre projet. 11 était de-
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