Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

aUgbi Ù.c , 510 VOYAGE EN RUSSIE. hospitalité qui est la plus belle vertu du sauvage, uous eûmes devant nous des mets abondants , qui ne brillaient pas sans doute par leur délicatesse, mais qui n ’ en parurent pas moins excellents à des estomacs condamnés depuis plusieurs jours au régime du thé et de la bouillie d ’ écorce. Relégués à l ’ extrémité de la Sibérie, sur les bords de la mer Glaciale, les Tchouktchas, chez lesquels nous étions parvenus, sont sans contredit les moins connus de tous les habitants de ces vastes contrées. Les seules relations qui existent entre eux et les Russes se bornent à quelques échanges qui se font à Ostrovnoyë, petite ville du pays des Youkaghires, à l ’ époque de la foire célèbre où se rend chaque année une affluence considérable de Sibériens de toute la partie septentrionale ; et c ’ est à peine si à de rares intervalles quelques Promichléniks *, aussi hardis, aussi entre ­ prenants que notre ami Trétiakoff, se hasardent à visiter leur sauvage contrée, dans le but de se procurer parmi eux les dents de mammouths et de morses, dont ils sont abondamment pourvus. Grâce à leur éloignement de la Russie, les Tchouktchas ont conservé leur indépendance, car on ne saurait dire qu ’ il soient sujets de l ’ empereur de Russie, bien qu ’ ils figurent dans la longue nomenclature des peuples auxquels commandent les successeurs de Pierre le Grand , et avec leur indépendance ils ont gardé leurs mœurs primitives dans toute leur pureté, disons mieux, dans toute leur barbarie. C ’ est surtout cette peuplade qu ’ il faut visiter pour avoir une idée complète de ce qu ’ étaient tous les habitants de la Sibérie avant que la conquête des Russes eût répandu parmi eux ces quelques lueurs de civilisation, qui, toutes faibles et in ­ complètes qu ’ elles soient encore, sont peut-être destinées, il faut l ’ espérer du moins, à devenir plus tard une lumière éclatante. Les Tchouktchas sont essentiellement nomades, et ils errent continuellement dans une contrée dont les limites ont été singu- 1 Marchands russes qui font le commerce d'échange avec les Sibériens. mi

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