Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

’ SIBÉRIE. 509 du feu, et nous soupàmes avec force tasses de thé. Tout léger qu ’ était un pareil repas , cette boisson chaude apaisa cependant un peu les exigences de nos estomacs , et le lendemain matin , après avoir pris de nouvelles tasses de thé, nous nous remîmes en route, sinon frais et dispos, du moins un peu délassés et surtout heureux de nous retrouver encore ensemble. Après quelques heures de marche, la faim nous fit de nou ­ veau sentir ses cruelles atteintes. Trétiakoff espérait trouver quel ­ ques racines dans les demeures des souris ; mais nos guides nous apprirent qu'il ne fallait pas même compter sur cette faible ressource, car nous étions alors dans un pays marécageux, et ces intelligents animaux se garderaient bien d ’ établir leurs réserves d ’ hiver dans un lieu où elles seraient exposées à être gâtées par l ’ humidité. Dans cette extrémité, nous eûmes recours à l ’ écorce d ’ arbre. On abattit un jeune mélèze, puis, après avoir enlevé les parties les plus grossières de l ’ écorce , on en hacha la partie tendre en petits morceaux qu ’ on jeta dans un grand chaudron plein d ’ eau bouillante. Il fallut avoir soin d ’ écumer à plusieurs reprises, pour enlever la résine qui surnageait sur ce maigre bouillon. Lorsque l ’ écorce eut ainsi cuit dans l ’ eau pendant un assez long temps, on l ’ ôta de dessus le feu et en se refroidissant le mélange prit la consistance d ’ une espèce de pâte ou plutôt d ’ une bouillie épaisse , qui, malgré son goût de résine très-prononcé, ne nous parut cependant pas trop mauvaise, grâce au sel et au poivre dont nous l ’ avions assaisonnée, et bien plus encore, je suppose, grâce à notre faim excessive. Un peu restaurés par ce singulier repas, nous nous remîmes en route avec un nouveau courage, et nous fûmes assez heureux pour apercevoir enfin, avant la nuit, de légers nuages qui se détachaient en spirales bleuâtres sur le bleu sombre du ciel : c ’ était de la fu ­ mée ; nous approchions d ’ un village de Tchouktchas, et bientôt, accueillis sous les huttes de ces braves gens avec cette franche

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