Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SIBÉRIE. 503 ressource bien plus considérable encore que la chasse, mais mal heureusement les glaces épaisses qui couvrent leurs eaux pendant la plus grande partie de l ’ année ne leur permettent pas d ’ user en tout temps de cette ressource. Les premières chaleurs de l ’ été occasionnant la fonte des neiges, ainsi que nous lavons déjà dit, il en résulte, à cette époque de l ’ année, des inondations annuelles, et ce n ’ est qu ’ après que les eaux se sont retirées que 1 on peut se livrer à la pêche; elle se fait dans les grandes rivières avec une seine, immense filet qu ’ on jette dans l ’ eau au moment où le poisson descend le courant. Le sterlet, la nelma, le mouksoune et le tchir sont les poissons qu ’ on pêche le plus fréquemment. Dans les affluents des grandes rivières où 1 eau est moins profonde, la pêche se fait à l ’ aide d ’ un tramail appelé mordame, qu ’ on fabrique en entrelaçant des baguettes de saule. Le poisson que 1 on prend au printemps est en général fort maigre et peu agréable au goût, et on ne le fait guère sécher que pour la nourriture des chiens. Le poisson séché est désigné sous le nom de youkola. La youkola de tchir, poisson fort gras qu ’ on prend dans la saison avancée, est fort estimée dans le pays et considérée comme un mets recherché; pour la préparer on choisit les plus gros pois sons, et après les avoir fendus, on en enlève toutes les arêtes et on leur fait un grand nombre d ’ entailles dans la chair, afin de l ’ attendrir davantage. Après cette première préparation, on fait séchei* les poissons à l ’ air ou mieux encore on les fume. La partie supérieure est regardée comme la plus délicate, et c ’ est pour cette raison qu ’ on la sépare et qu ’ on la pile dans un mortier avec un peu de graisse, et qu ’ on serre ensuite ce mélange dans de grandes jarres pour les provisions d ’ hiver. Septembre est la saison pendant laquelle on se livre à la pêche du hareng, qui, à cette époque, vient de la mer et remonte les rivières. Ces masses d ’ émigrants sont quelquefois si considérables qu ’ un seul coup de filet en enlève des milliers; mais le passage de cet utile poisson est loin d ’ être régulier, et il ne lui arrive que
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2