Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
500 VOYAGE EN RUSSIE. halant les bateaux qui remontent les rivières. Lorsqu ’ un obstacle se rencontre, ces dociles animaux, sur un signe du batelier, se précipitent aussitôt dans la rivière, la passent à la nage et vont se reformer en attelage sur l ’ autre rive. On en rencontre aussi parfois attelés à des bateaux échoués et les voiturant par terre d ’ une ri vière à une autre, en un mot ils remplacent, pour les peuplades qui les utilisent, les chevaux et les autres bêtes de trait. Mais ce n ’ est pas tout; ce fidèle compagnon de l ’ homme rend encore au Sibérien d ’ autres services non moins importants, il le suit à la chasse où il l ’ aide de son instinct et de son courage; c ’ est lui qui découvre la piste de l ’ argali et de l ’ élan, lui qui les pour suit en conduisant son maître sur ses pas, lui encore qui tient tête à l ’ ours et aide au chasseur à s ’ approprier les dépouilles de ce for midable gibier. La chasse est, en effet, pour l'habitant de la Sibérie, non pas une agréable distraction comme pour les heureux de notre monde civilisé, mais un rude et pénible labeur auquel il est forcé de de mander les moyens d ’ existence que ne saurait lui fournir sa terre stérile et glacée. Plusieurs espèces de gibiers peuplent les bois, les montagnes et jusqu ’ aux fleuves de la Sibérie. Le gibier d ’ eau consiste principalement en troupes de cygnes, d ’ oies et de canards qui, à une certaine époque de l ’ année, se dirigent vers les côtes pour y muer, y construire leurs nids et faire éclore leurs petits. C ’ est à cette époque de la mue qu ’ on fait surtout la chasse à ces oiseaux ; la manière de la faire est des plus simples. Les chasseurs entourent les nids, lancent leurs chiens qui effraient les oiseaux et les forcent à se réfugier dans les lacs où il devient facile de les abattre à coups de fusil, de flèches ou même de bâton. Cette chasse était autrefois très-productive, mais le nombre des oiseaux de passage a considérablement diminué depuis quelques années. La chasse la plus importante est sans contredit celle du renne. C ’ est tout un drame dont j ’ eus la bonne fortune d ’ être témoin et que je n ’ oublierai de ma vie. C ’ était sur les rives de la Poguindéna,
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