Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SIBÉRIE. 495 ractère de cette peuplade, et que c ’ est uniquement par sauvagerie et par haine du voisinage que les Yakoutes placent ainsi leurs demeures à d ’ aussi grandes distances les unes des autres. Cependant plus nous avancions dans la saison et dans le Nord du pays, plus le froid devenait intense. Le thermomètre marquait déjà vingt-neuf degrés au-dessous de zéro et menaçait de descendre beaucoup plus bas encore. Nos vêtements, tout chauds et tout fourrés qu ’ ils étaient, devenaient insuffisants, et il nous fallut songer à nous accoutrer à la mode du pays et à endosser le costume complet des voyages d ’ hiver. Rien de plus grotesque que notre équipement. Nous avions par dessus nos habits ordinaires une sorte de large jaquette en renard polaire, à laquelle se rattachait un couvre-poitrine également fourré; nos cuisses étaient passées dans de larges chiravars en peau de lièvre; nos pieds et le bas de nos jambes étaient protégés par une double paire de bas en peau de renne chamoisée, que recouvrait complètement une lourde paire de bottes fortes en cuir de renne. Nous voilà déjà pas mal empa quetés, cependant je suis loin d ’ avoir énuméré toutes les pièces de notre costume : comme cavaliers, nous avions en plus d ’ énor mes genouillères fourrées, et nous étions drapés dans une sorte de chemise ou manteau qu ’ on nomme kouklyanka, qui se compose de deux peaux de renne, dont l ’ une a le poil tourné en dehors et l ’ autre en dedans. Ce vêtement est à manches et se fixe à la taille au moyen d ’ une ceinture. Le visage a son costume aussi bien que le corps ; il y a pour chacune de ses parties, le nez, les lèvres, le menton et les oreilles, des pièces particulières destinées à les couvrir, sans compter un gigantesque bonnet de poil qui re couvre le tout et dans lequel on fait entrer la tête jusqu ’ aux épaules. Ajoutez à cela de larges gants traversés par une fente qui nous permettait d ’ en retirer les mains en un clin d ’ œil, et de les y replacer de même, et vous aurez enfin l ’ énumération complète des pièces de notre costume, qui ne pesait pas moins de quarante livres , sans y comprendre pourtant ni notre fusil en
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