Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
494 VOYAGE EN RUSSIE. baptême n ’ est pour le plus grand nombre qu ’ une simple formalité sans signification, qui ne les empêche pas de se livrer aux prati ques de l ’ idolâtrie la plus grossière. Les Yakoutes ont conservé un usage qui leur est du reste com mun avec tous les sauvages de l ’ ancien comme du nouveau monde, c ’ est celui du tatouage. J ’ eus occasion de voir pratiquer cette opération sur un enfant de six ans : c ’ était une petite fille. La mère de cette pauvre petite, après avoir pris de la craie noire, l ’ écrasa et la délaya avec sa salive sur une pierre à aiguiser, passa un fil ordinaire dans cette craie ainsi délayée, et cousit point par point sur le visage de la malheureuse enfant les figures qu ’ elle voulait y tracer, en faisant passer dans tous les points le fil noirci. Pendant cette douloureuse opération, on voyait le sang couler le long des joues de la petite martyre, que son père tenait sur ses genoux ; en moins d ’ une demi-heure le visage enfla, et continua ainsi à se tuméfier pendant deux ou trois jours, après quoi la suppuration s ’ établit, mais on m ’ assura que cela ne serait rien, et qu ’ au bout d ’ une douzaine de jours l ’ enfant serait parfaitement guérie et qu ’ elle aurait pour la vie sur le visage des figures ineffaçables. Que de mal pour se rendre hideux ! Comme l ’ Arabe du désert avec lequel il a plus d ’ un rapport, le Yakoute est hospitalier, et sa tente n ’ est jamais fermée à l ’ étranger qui vient y chercher un abri ; mais, comme l ’ Arabe aussi, il est dissimulé, querelleur, insociable et vindicatif ; jamais il n ’ oublie une injure, et les sentiments de haine et de vengeance se trans mettent chez lui dans les familles, comme un triste et sanglant héritage. J ’ ai dit que le Yakoute est insociable, et en effet, passé le village de Verkho-Yansk , je traversai souvent des espaces de deux cents verstes sans y trouver d ’ autres habitations que quel ques yourtes isolées les unes des autres, et je fus à même de me convaincre, tant par l ’ aspect du pays que par les renseigne ments qui me furent fournis, que la cause de cette dispersion était bien moins dans le manque de pâturages que dans le ca-
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