Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
49G VOYAGE EN RUSSIE. bandoulière, ni notre grand couteau de chasse attaché à la cein ture à côté d ’ une grosse pipe allemande, non plus qu ’ une boîte en écorce d ’ arbre, contenant le briquet et la provision de tabac. Malgré l ’ enibarras d ’ un pareil costume, je finis par m ’ y habi tuer et surtout par comprendre combien il était indispensable lorsque nous arrivâmes à avoir jusqu ’ à quarante degrés de froid et même quelquefois davantage. Qu ’ on n ’ aille pas croire au moins que toutes ces précautions pussent suffire à nous garantir, car la température nous faisait éprouver au contraire des souffrances dont il est difficile de se faire une idée sans les avoir éprouvées soi-même. C ’ est à peine si en voyageant pendant ces journées pénibles nous trouvions le courage de sortir de temps en temps nos lèvres de dessous notre vaste collet montant en fourrure, pour respirer un peu d ’ air frais ; car cot air était rendu tellement âpre par le froid que chaque aspiration nous occasionnait à la poitrine et à la gorge une sensation aussi douloureuse qu ’ insup portable. Nos chevaux ne souffraient pas moins que nous; non- seulement ces pauvres bêtes avaient la plus grande peine à avancer au travers d ’ une neige assez haute pour recouvrir un homme , mais encore, comme les bords de leurs naseaux se garnissaient de glaçons, il arrivait un moment où ils ne pouvaient plus respirer; nous étions avertis de cet accident par un hennissement doulou reux et un tremblement de tête convulsif, et nous nous empres sions alors de descendre et de les secourir, sans quoi ils n ’ eussent pas tarde à être étouffés. Parmi les obstacles qui entravèrent souvent notre marche, je dois signaler les tarini, phénomène remarquable et tout à fait particulier à ces contrées hyperboréennes. Le sable dont se com posent les nombreuses collines dont le pays est parsemé se des sèche complètement après un été chaud et un automne où les pluies ont été rares. Quanh viennent les gelées, ce sable se fend et il sort de l ’ eau par les crevasses. Cette eau se congelant à me sure qu ’ elle se répand, il se forme une couche de glace qui se
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