Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
492 VOYAGE EN RUSSIE. mais de longüe-vue pour remplir les devoirs de sa profession, et n ’ en découvrait pas moins les navires à des distances incroyables, à tel point que plus d ’ une fois il lui est arrivé de signaler le mou vement des bâtiments sur la rade de Saint-Denis à l ’ île Bourbon, bien que cette rade soit séparée par une distance de trente lieues marines du lieu où il faisait ses observations, et jamais ce qu'il avait annoncé en pareille circonstance n ’ a manqué de se trouver vrai. Explique qui pourra de pareils phénomènes ; c ’ est peut-être pour moi déjà trop de les citer. Je reviens aux Yakoutes. Leur nourriture est la viande de cheval et de bœuf qu ’ ils mangent toujours bouillie; ils boivent avec délices le lait de vache et surtout celui de jument. Rien de plus simple, comme on voit, que la préparation de leurs mets, et leur ignorance culinaire est telle que l ’ art de rôtir les viandes et celui de cuire le pain leur sont complètement inconnus. Pour eux , la graisse est le mets le plus recherché, et ils ne trouvent point de plaisir comparable à celui d ’ en dévorer des quantités énormes : aussi rien n ’ égale la gloutonnerie avec laquelle ils avalent ce mets répugnant, quelquefois fondu mais le plus souvent cru. Le triomphe de leurs cuisiniers consiste dans la préparation d ’ un plat national qui n ’ est qu ’ une sorte de bouillie dans laquelle en trent comme ingrédients principaux le poisson, la farine, la graisse et l ’ écorce de mélèze râpée. C ’ est là le plat de cérémonie, le mets par excellence, et ils en mangent, quand l ’ occasion s ’ en présente, des quantités vraiment incroyables. Les Yakoutes sont des fumeurs passionnés; leurs femmes ont comme eux contracté l ’ habitude de la pipe, et, comme ils ne se servent de préférence que du tabac le plus fort, qui est celui de Tserkask, et qu ’ ils avalent toujours la fumée, il en résulte souvent une espèce d ’ ivresse qui s ’ augmente encore par l ’ abus trop fréquent des liqueurs fortes. L ’ eau-de-vie est de toutes ces liqueurs celle pour laquelle ils ont la préférence la plus marquée, et c ’ est à l ’ acquisition de cette funeste boisson qu ’ ils emploient en
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