Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
490 VOYAGE EN RUSSIE. sous un toit, et nous nous'faisions à l ’ avance une véritable joie dépasser enfin une nuit dans un lieu chaud et propre, car nous savions, pour l ’ avoir appris de nos guides, que nous approchions d ’ une maison de poste. Mais* nous avions compté sans notre hôte, ou plutôt sans notre hôtellerie ; aussi nous fallut-il décompter. Cette maison de poste, tant vantée par nos guides, n ’ était qu ’ une misérable yourte, remplie d ’ ordures de toute espèce, d ’ enfants malpropres et d ’ animaux que l ’ on y avait placés pour les garantir du froid : tout cela faisait un tel tintamarre, répandait une odeur si infecte et offrait un spectacle si dégoûtant que je n ’ ai jamais pu comprendre comment on pouvait vivre dans un pareil lieu. J ’ aurais voulu m ’ en éloigner, mais comme la pluie tombait à flots, force me fut de passer dans cet horrible gîte une des plus mau vaises nuits de ma vie , et je m ’ estimai heureux, quoique très- fatigué, que le jour vînt enfin me permettre de sortir pour me remettre en route. Nous étions alors au milieu du pays des Yakoutes, et nous com mencions à rencontrer de temps à autre des villages où l ’ on a conservé toute la rudesse et toute la sauvagerie des mœurs primiti ves; je vais essayer d ’ en donner une idée. Les Yakoutes sont évi demment d ’ origine tatare; les traits de leur visage comme leur langage l ’ indiquent suffisamment. Leurs habitudes sont celles des peuples pasteurs; leurs richesses consistent en troupeaux de che vaux et de bêtes à cornes qui fournissent à la fois à leur entre tien et à leur nourriture. Vivant au milieu d ’ immenses forêts qui recèlent un grand nombre d ’ animaux à fourrures, et excités par les prix que les Russes mettent à ces fourrures, ils se sont depuis longtemps déjà adonnés à la chasse, dans laquelle ils dé ploient l ’ adresse la plus remarquable. Cette double habitude de la vie pastorale et de la chasse les force souvent à supporter les plus grandes fatigues et les priva tions les plus rudes; aussi sont-ils singulièrement endurcis. Le froid les effraie si peu qu ’ on dirait qu ’ ils y sont insensibles, et,
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2