Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
484 VOYAGE EN RUSSIE. niée devait servir à me faire plus facilement retrouver le bivouac. Mes recherches ne furent pas longtemps infructueuses, et au bout d ’ une demi-heure à peine j ’ aperçus deux superbes argalis mâle et femelle qui paissaient tranquillement la mousse sans avoir l ’ air de se douter de rien. Mais, hélas! ils étaient encore loin de la portée de mon fusil. Le lieu où ils se trouvaient placés était un petit plateau découvert où il n ’ y avaitpas même unmisérabiebuissou pour me cacher si j ’ essayais de les approcher; mon premier soin fut alors de mettre pied à terre, afin de me trouver moins en vue, et d ’ attacher mon cheval aux branches d ’ un jeune mélèze qui crois sait près de là; après quoi je me mis à repasser dans mon esprit les différentes ruses que j ’ avais vu employer par les chasseurs des Alpes pour approcher les chamois ; mais, bien que ma mémoire m ’ en fournît en assez grand nombre, je n ’ en trouvais aucune qui fût suffisante pour des argalis aussi défiants que ceux que j ’ avais devant moi, car je les voyais à chaque instant relever la tête et regarder avec inquiétude autour d ’ eux, quand tout à coup je vins à penser au ruisseau qui serpentait à mes pieds et allait, en décri vant une courbe, tourner le petit plateau où paissaient mes deux ar galis : c ’ était précisément le couvert dont j ’ avais besoin . En effet, ce ruisseau, qui roulait une eau limpide et peu profonde sur un fond de sable et de gypse, avait des rives peu élevées et qui ne se trou vaient guère qu ’ à trois pieds au-dessus du niveau de ses eaux. C ’ était juste assez pour me cacher; aussi, malgré quelques légers glaçons qui commençaient à hérisser la surface de l ’ eau, par un élan spontané que tous les chasseurs comprendront, je sautai brusquement dans le-ruisseau et me mis bravement à en remon ter le cours. Ainsi que je l ’ avais prévu, je ne tardai point à arriver à une place où le ruisseau, après avoir couru parallèlement au coteau, faisait un coude et changeait brusquement de direction. Là je m ’ arrêtai et je regardai, sans me découvrir cependant; les argalis n'étaient pas à plus d ’ une portée de fusil du ruisseau, mais ils se
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