Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SIBÉRIE. d83 Léna en bateau, nous prîmes des chevaux sur l ’ autre rive, et nous commençâmes à nous enfoncer dans l ’ intérieur des terres. Rien de plus pittoresque que notre convoi; il se composait de douze chevaux, dont quatre étaient montés, et dont les huit autres étaient chargés de bagages. Tous ces chevaux étaient attachés ensemble par une longue courroie de crin qui s ’ étendait delatóte de chaque cheval à celui qui le précédait, et nous formions ainsi une file d ’ une longueur fort respectable. Deux guides suffisaient à conduire nos douze chevaux ; le premier, monté sur le cheval qui marchait en tête, dirigeait tout le convoi, que surveillait son cama rade placé sur le cheval de l ’ arrière. Nous cheminions ainsi depuis plusieurs jours, par des routes fort tristes, mais par un assez beau temps, quand il m ’ arriva une aventure qui faillit me coûter la vie. Nous avions campé à la belle étoile, et quoique je fusse couché sur une peau d ’ ours, recouvert d ’ une épaisse couverture fourrée et auprès d ’ un excellent feu, je me réveillai de bonne heure transi de froid; je regardai le thermomètre, il ne marquait cependant que deux degrés au-dessous de zéro, température fort douce pour ces climats, mais qui, faute d ’ habitude sans doute, me paraissait un peu rigoureuse pour une toilette faite en plein air. Le soleil commençait à peine à se montrer à l ’ horizon; mes compagnons dormaient encore profondément autour de moi : il eût été cruel de les arracher à leur sommeil; quant à me rendormir moi-meme, il n ’ y fallait pas songer, et n ’ ayant rien de mieux à faire, je me mis à réfléchir qu ’ un bon quartier de venaison, bien cuit à point sur les charbons de notre feu de bivouac, ferait un mets d ’ autant plus appréciable que depuis quelques jours nous avions épuisé nos vivres frais et que nous en étions réduits à la chair fumée et salée. Je résolus, en conséquence, d ’ aviser aux moyens de procu rer à mes compagnons cette agréable surprise, et m ’ armant de mon fusil, je sautai sur mon cheval et partis en quête de quelque gibier, non sans avoir pris soin de raviver le feu, dont la fn-
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