Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SAINT-PÉTERSBOURG. 39 flots compactes de cette foule curieuse et bienveillante. 11 s ’ arrête devant les groupes et s ’ entretient avec les plus humbles des enfants du peuple, qui lui répondent en le tutoyant, suivant l ’ usage du paysan russe lorsqu ’ il a le bonheur de parler à son tsar. L ’ empe reur peut comprendre alors qu ’ en lui réside toute la force de ce peuple fidèle dont il est le puissant délégué. Si l ’ on en excepte quelques vêtements froissés, quelques den telles déchirées , peut-être aussi quelques pelisses fourvoyées, jamais d ’ accident sérieux n ’ est à déplorer au bal du 1 er janvier, malgré une agglomération de douze à quinze mille individus, nombre qui se renouvelle plusieurs fois dans la nuit. L'Ermitage continue le Palais-d ’ Hiver, ou plutôt il en fait réelle ment partie , bien que la bâtisse extérieure date d ’ époques posté rieures et n ’ offre qu ’ une élégante réduction des colossales pro portions du premier, et encore s ’ aperçoit-on bientôt qu ’ il ne fut point bâti sur un plan uniforme ni en une seule fois. Plusieurs architectes concoururent successivement à son élévation, et, à ce moment même, la plus grande partie du bâtiment vient de sortir des mains de l ’ architecte du roi de Bavière, M. de Klenze, qui en a remanié l ’ intérieur et refait la façade opposée à la Néva, celle qui donne sur la Grandc-Millione, rue parallèle au fleuve, dont elle n ’ est séparée que par l ’ épaisseur des hôtels qui bordent celui-ci. Je serai bref sur l ’ architecture de cette façade. L ’ imagination et la fantaisie ont, à mon avis, beaucoup trop dominé l ’ artiste, ce qui lui a peut-être fait oublier certaines règles de goût naturel. On se demande par exemple pourquoi , à la porte d ’ entrée, ces colossales cariatides de marbre noir pour soutenir des entable ments festonnés dont la légèreté ne saurait occasionner ces grands efforts musculaires ? Quoi qu ’ il en soit, ce palais doit son nom à la destination que lui avait donnée l ’ impératrice Catherine : c ’ était une retraite par ticulière , où, dépouillant le faste de la souveraineté et les attributs
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