Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

474 VOYAGE EN RUSSIE. envahissent le terrain de place en place, le Tatar, au bout d ’ un certain temps, abandonne son champ pour en défricher un nou ­ veau qu ’ il cultive de la même manière, sans qu ’ il lui vienne ja- - mais à l ’ esprit, tant il est indolent et paresseux, qu ’ un peu de soin suffirait pour doubler et tripler ses richesses. La manière dont il récolte est aussi simple que son mode de culture, il bat le blé sur place, et brûle la paille pour n ’ avoir pas la peine de l ’ em ­ porter. 11 faut cependant rendre justice à qui de droit, et reconnaître que quelques peuplades s ’ adonnent avec intelligence à l ’ agricul ­ ture; les Bouriaites, par exemple, qui ont appris des Mongols l ’ art de fertiliser la terre par les canaux d ’ irrigation, ont su transformer en champs fertiles et en riches prair ies un sol entièrement com ­ posé de sable et de gravier. Le tableau de la Sibérie serait incomplet si nous omettions de parler ici des animaux qui occupent une si grande place et jouent un rôle si impor tant dans ces contrées sauvages. Au premier rang se trouve le renne, qu ’ on rencontre err Sibérie à l ’ état libre et à celui de domesticité. Dans ces deux états, le renne peut être considéré comme le plus grand bienfait de la nature envers les malheureux nomades des régions du pôle arctique. Réduit err servitude, le renne traîne son maître dans ses champs de neige et de glace, il le nourrit de son lait, lui lègue après sa mort sa chair pour se nourrir, sa peau pour se vêtir, et sans lui demander même, en échange de tant de services, au moins une étable pour se mettre à l ’ abri des intempéries de l ’ hiver ; il se con ­ tente de quelques heures de liberté pour aller chercher sous la neige la mousse dont il fait presque sa seule nourriture. A l ’ état sauvage, le renne est encore la ressource la plus précieuse de l ’ ha ­ bitant du Nord de la Sibérie, qui serait condamné à périr miséra ­ blement de faim sur une terre entièrement inculte, s ’ il ne trouvait dans la chasse de cet utile animal les moyens de subvenir à ses besoins les plus indispensables.

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