Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

SIBÉRIE. 473 feuille de germandrée, offrent à l ’ œil les plus charmants tableaux. Au pied de ces arbres gracieux les anémones pulsatilles se fon ­ dent en mille nuances diverses, les pivoines à fleurs blanches étalent au soleil leurs couleurs argentées, tandis que les gentianes déploient leurs bannières bleues, et que la rhodiole, cette rose des marais, livre avec amour l ’ or éclatant de ses corolles à la brise qui vient en se jouant agiter ses longues tiges et donner au loin à la plaine l ’ aspect d ’ une mer aux vagues d ’ or. Tant il est vrai que partout, meme au fond de la Sibérie, la main du sublime ouvrier se reconnaît à la grâce aussi bien qu ’ à la majesté de ses œuvres, et que le magique pinceau de Rubens lui-même serait encore impuissant à donner une faible idée des charmes de la nature dans le pays le moins favorisé du globe. L ’ agriculture est peu en honneur en Sibérie, bien moins encore à cause de l ’ ingratitude du sol que par la paresse et l ’ incurie de ses habitants ; car, s ’ il n ’ est que trop vrai que les trois cinquièmes de la Sibérie ne sont susceptibles d ’ aucune culture, les parties du pays qui se trouvent au midi et à l ’ ouest sont d ’ une fertilité remar ­ quable. Dans certaines contrées, l ’ orge multiplie jusqu ’ à douze ibis et l ’ avoine jusqu ’ à vingt, le sarrasin y réussit parfaitement, et la plupart des graminées qui viennent en Europe croissent aussi dans le Midi de la Sibérie ; mais on n ’ y cultive guère que le seigle d ’ hiver, l ’ orge et l ’ avoine. Seuls, les Tatars, qui aiment le pain blanc, font venir avec peine un peu de froment. Rien de plus simple, ou, disons mieux, de plus barbare, que la manière dont on cultive. Pour tous leurs grains, et principalement le sarrasin, les Tatars, après avoir défriché un steppe au moyen du feu et l ’ avoir ensemencé une première fois, abandonnent ensuite à lui- même ce champ qui continue, pendant trois ou quatre années consécutives, à rapporter annuellement de dix à quinze pour un, sans qu ’ il soit nécessaire de renouveler les semailles. Les grains qui tombent de l ’ épi au moment de la récolte suffisent pour l ’ ense ­ mencer; mais comme d ’ année en année les mauvaises herbes

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