Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

SIBÉRIE. 465 les usages, les arts et les manufactures d ’ Europe, et fondèrent, en 17'13, à Tobolsk, une école où ils se mirent à enseigner l ’ alle ­ mand, le latin, le français, la géographie, la géométrie et le dessin. Les Polonais qui vinrent plus tard et dont quelques-uns habitent encore le pays, continuèrent cette œuvre de civilisation, pendant que d ’ un autre côté les officiers russes introduisaient dans les villes de la Sibérie les mœurs et le luxe de Saint-Pétersbourg ; et aujourd ’ hui, à Tobolsk et à Irkoutsk, on rencontre de brillantes toilettes, des voitures aussi commodes qu ’ élégantes, une douce sociabilité a remplacé la rudesse primitive des aïeux, on s ’ habille, on vit, on cause, on se visite comme dans toute autre ville de l ’ empire, et là, comme à Saint-Pétersbourg, comme à Londres, comme à Paris, il n ’ est guère de festin qui se termine sans qu ’ on y fasse honneur aux produits mousseux du sol champenois. Mais la civilisation un peu superficielle qui règne dans les villes de la Sibérie n ’ a point encore exercé son influence sur les peu ­ plades qui errent dans ses vastes campagnes. Parmi ces peuplades nombreuses, la première mention est due, à titre d ’ ancienneté, à celles qu ’ on peut à bon droit appeler indigènes, puisque ni les annales de l ’ histoire, ni même les lueurs de la tradition n ’ indi ­ quent l ’ époque de leur arrivée dans le pays ; et d ’ abord appa ­ raissent les Toungouses, qui habitent tout à fait au centre de la Sibérie, sur les rives du Ienisseï, dont plusieurs affluents, portant le nom de Toungouska, attestent par cela même l ’ antiquité de ces peuplades sur le sol où ils sont aujourd ’ hui fixés. Depuis les monts Altaïs jusqu ’ au voisinage de la mer Glaciale, cette race conserve, autant du moins que la différence des climats le permet, sa physio ­ nomie à part, sa langue et ses mœurs distinctes; on les divise en trois classes en raison uniquement des moyens de transport dont chacunede ces divisions fait usage : ce sont lesToungouses à rennes, les Toungouses à chiens et les Toungouses à cheval. Ces derniers, qui ne sont pas moins bons cavaliers que les Tatars et les Mon ­ gols au milieu desquels ils vivent, possèdent non-seulement des 30

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