Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
4(54 VOYAGE EN RUSSIE. En ne tenant pas compte des fractions de degré, les latitudes extrêmes de ce pays se trouvent être 49° et 75°, et la différence entre les deux longitudes extrêmes n ’ est pas moindre de 130°. Sa superficie est évaluée à cinq cent quarante mille lieues carrées, et par conséquent elle est plus grande que toute l ’ Europe et que le quart de l ’ Asie continentale. Sur cet espace immense, on ne compte guère, comme nous avons déjà eu occasion de le dire, que deux millions et demi d ’ habitants, à peu près quatre par lieue carrée. Cette rare popu lation est très-inégalement distribuée sur le sol, et les indigènes y sont en minorité. Là, comme dans le Nouveau-Monde, les con quérants se sont multipliés au préjudice de la race conquise, avec laquelle ils se sont confondus sur quelques points, mais pas assez cependant pour qu ’ on ne puisse reconnaître facilement partout les traces non encore entièrement effacées de leur différente origine. Parmi les éléments de population qui sont venus tour à tour s ’ implanter et se superposer sur le sol de la Sibérie, figurent aujourd ’ hui en première ligne les Russes, Cosaques et autres colons d ’ Europe, qui habitent surtout les villes et les postes mili taires. lis descendent, pour la plupart, soit des soldats employés à la conquête, soit des criminels envoyés ici en exil. A ces deux classes se sont encore réunis des aventuriers, des paysans fuyant la tyrannie de leurs boyards, et des marchands ruinés en quête d ’ une fortune nouvelle. De semblables colons, s ’ enfonçant dans un vaste désert, en dehors des communications avec le monde civilisé, ne pouvaient que joindre à leur grossièreté primitive celle résultant du rude climat qu ’ ils habitaient. Aussi, sous le règne de Pierre 1 er , les Sibériens passaient pour avoir des mœurs si sauvages que ce monarque ne crut pouvoir infliger aux pri sonniers de Poltava un supplice plus rigoureux que de lès envoyer en Sibérie. Ce furent ces braves et malheureux soldats de Char les XII qui, les premiers, introduisirent dans ces contrées sauvages
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