Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SIBÉRIE. 463 Jacques et Grégoire Strogonoff étaient deux frères qui vivaient sous le règne de cet Ivan le Terrible dont nous avons déjà cité le nom ; riches marchands, depuis longtemps établis entre la Kama et la Dvina pour s ’ y livrer au commerce lucratif des pelleteries avec les peuplades sauvages des environs, ils avaient établi sur ces contrées une sorte de domination, et se trouvaient déjà, en 1572, assez puissants pour apaiser une révolte des Tchérémisses, des Ostraks et des Backhirs. Bientôt leurs vues se portèrent plus loin encore; ils obtinrent du tsar l ’ autorisation d ’ établir quelques forts sur le Tobol, et de faire la guerre pour leur propre compte. Il leur fut, en outre, permis d'exploiter les mines de fer, d ’ étain, de plomb et de soufre que le sol pourrait offrir. Dès lors, ils pen sèrent à pousser leurs efforts industrieux au delà de l ’ Oural, et ce fut Siméon Strogonoff, leur successeur, qui le premier conçut l ’ idée d ’ organiser contre la Sibérie l ’ expédition où Yermak devait jouer un rôle si brillant, et trouver une mort à la fois si glorieuse et si déplorable. A l ’ époque où nous vivons, la conquête de ce pays par la Russie est un fait depuis longtemps irrévocablement accompli; et l ’ empereur exerce une domination incontestée sur ces vastes con trées, qui, sous le nom général de Sibérie, renferment dans leurs immenses limites un territoire grand vingt fois au moins comme celui de la France, mais qui, malgré son immensité, est cependant insuffisant pour nourrir les deux ou trois millions d ’ habitants qui y campent bien plutôt qu ’ ils ne le peuplent. Telle qu ’ elle est aujourd ’ hui occupée par les Russes, la Sibérie comprend tout le nord du continent asiatique au delà de la Tatarie indépendante, de la Mongolie et de la Mantchourie. Ses limites sont : à l ’ ouest, la crête des monts Durais; à l ’ est, l ’ Océan oriental; au nord, la mer Glaciale; au sud, les chaînes des mon tagnes qui suivent à peu près la direction d ’ un parallèle s ’ éten dant depuis les monts Durais jusque près des côtes de l ’ Océan oriental.
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