Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

462 VOYAGE EN RUSSIE. s ’ était arrêté à l ’ endroit où l ’ Irtisch se divise en deux bran ­ ches, et là s ’ était abandonné imprudemment au sommeil avec ses compagnons harassés de fatigue; ils s ’ étaient endormis pour la dernière fois, et pendant ce fatal instant de repos les ennemis les avaient surpris et les avaient tous massacrés ; il n ’ en était resté qu ’ un seul qui était parvenu à s ’ échapper miraculeusement et avait apporté à Sibir la nouvelle de cet affreux désastre. Quant à Yermak, réveillé en sursaut au milieu du carnage des siens, il avait essayé de lutter pendant quelque temps contre le nombre de ses ennemis; mais désespérant d ’ échapper à ceux qui le pressaient de toutes parts, il s ’ était précipité tout armé dans l ’ Irtisch, en pro ­ nonçant ces paroles mémorables : « Quand on ne peut plus vain ­ cre, il faut savoir mourir. » Et en effet il avait trouvé le trépas dans les vagues profondes du fleuve. La mémoire de ce guerrier est demeurée chère aux Russes et surtout aux Sibériens, qui en ont fait un saint et qui célèbrent sa fête avec une grande solennité, ainsi que nous eûmes occasion d ’ en être témoins pendant notre court séjour à Tobolsk. Heureusement pour les Russes, cette perte ne fut point irré ­ parable. Le tsar envoya de nouveaux secours; la conquête fut maintenue, et les successeurs d ’ Ivan Vassilévitch entretinrent constamment en Sibérie des forces suffisantes, non-seulement pour conserver cette possession, mais pour l ’ étendre graduelle ­ ment. A mesure qu ’ on avançait, des fortins, élevés sur les nouvelles frontières, les mettaient à l ’ abri des attaques de tous les ennemis qui pouvaient les menacer. L ’ on cheminait ainsi lentement, mais sûrement; et comme on avait en même temps l ’ habile politique de ménager les peuplades conquises, et de ne leur imposer qu ’ un tribut très-léger en échange de la protection qu ’ on leur accordait, elles apprirent ainsi bientôt à en apprécier les avantages. Parmi les hommes qui contribuèrent le plus à étendre et à assurer la domination russe, il ne faut pas oublier de mentionner les Strogonoff.

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