Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

SIBÉRIE. 459 prudemment munis à Irkoutsk, nous nous y embarquâmes et nous mîmes à descendre la majestueuse Lena , 1 un des plus grands fleuves du globe. Mais pendant que notre bateau glisse à la surface de ce fleuve superbe entre deux rives escarpées du plus pittoresque aspect, tantôt emporté par la seule force du courant, tantôt aussi em ­ pruntant pour avancer le concours de la voile et celui de la rame, faisons rapidement connaître au lecteur les races nombreuses d ’ hommes qui habitent les pays que, depuis l ’ Oural , nous avons laissés derrière nous, et celles non moins diverses des climats que nous allons parcourir, et racontons d ’ abord aussi brièvement qu il nous sera possible les événements qui mirent ces contrées hyper- boréennes au rang des provinces de l ’ empire des tsars ; débar ­ rassés de ce soin, nous reprendrons ensuite plus allègrement le cours de notre voyage. Quel fut le premier qui sut soumettre au joug de la domina ­ tion les peuplades errantes des champs glacés de la Sibérie, nul ne pourrait aujourd ’ hui le dire d ’ une manière positive, car l ’ his ­ toire est entièrement dépourvue de renseignements authentiques sur le passé de ces vastes contrées. Cependant, s ’ il faut ajouter foi à la tradition et à quelques obscures chroniques , le mahométan Ivak, prince de la tribu des Nogaïs, gouvernait des hordes de Tatars, d ’ Ostiacks et de Vogoulitches fixés sur les bords de la rivière d ’ Ischim, lorsque, par une de ces révolutions si fréquentes alors chez ces peuplades turbulentes, il fut détrôné par un autre chef tatar nommé Genghis. Trop fier pour se soumettre à la domi ­ nation de l ’ usurpateur, le fils du prince détrôné, nomméTaïbouga, rassembla autour de lui quelques aventuriers auxquels vinrent bientôt se joindre un certain nombre de guerriers mécontents du nouveau régime ou restés fidèles à la famille de leur ancien chef; Taïbouga partit à la tête de ce petit corps d ’ armée pour conquérir les pays occidentaux. Ses armes eurent un si rapide et si brillant succès que ce fut à ce jeune guerrier que revint la gloire de fonder

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