Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SIBÉRIE. 457 nom même de Sibérie, qu ’ on ne prononce jamais sans un mysté rieux effroi, frappait à tel point mon imagination que ce ne fut pas, je l ’ avouerai franchement, sans une sorte de terreur que je me vis ainsi séparé de l ’ Europe par une chaîne de hautes monta gnes, et lancé presque seul dans un pays que je ne connaissais encore que d ’ après les préjugés du vulgaire et les récits exagérés des voyageurs, et que je me représentais par suite comme n ’ étant d ’ un bout à l ’ autre qu ’ un affreux désert peuplé de scélérats. Mais ces craintes ne devaient pas se réaliser; car pendant tout le cours de mon voyage, je ne rencontrai de brigands nulle part, et ce ne fut que beaucoup plus tard et beaucoup plus loin que je me trou vai dans d ’ immenses solitudes pleines, en effet, d ’ horreur et de désolation. La partie occidentale de la Sibérie, dans laquelle je venais de déboucher au sortir des gorges de l ’Oural, présente partout aux regards une riche végétation, des champs bien cultivés, et offre aux voyageurs, sur ses routes entretenues avec soin, de grands villages bien construits et une sécurité à coup sûr plus complète que celle qu ’ on trouve dans les sierras de l ’ Espagne et dans les défilés de la Calabre. Ce qui met surtout, à mon avis, les rouies de Sibérie bien au-dessus de celles des pays que je viens de nom mer, c’ est la cordialité et le désintéressement parfaits avec les quels on nous recevait partout ; nous n ’ eûmes jamais à éprouver aux relais ni la moindre discussion, ni le plus léger retard. Tan dis que l ’ on attelait de nouveaux chevaux à notre télègue et que nous nous chauffions dans l ’ intérieur de la maison de poste, nos bagages demeuraient sur le chemin, à la garde de la bonne foi publique, et s ’ il nous arrivait de témoigner quelque inquiétude à cét égard, on nous répondait que nous n ’ avions rien à craindre parmi les Sibériens; et c ’ était vrai. Ce fut en voyageant de la sorte, et sans trop de fatigue, que nous atteignîmes successivement Tobolsk et Irkoutsk, les deux villes les plus importantes de la Sibérie, (pie je ne mentionne ici
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2