Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

SIBÉRIE. 455 de toute sorte dans les pays que nous allions parcourir, d autant mieux qu ’ il entrait dans ses projets de pousser au nord de la Sibérie jusque sur les bords de la mer Glaciale, dans la partie du pays qui, moins exploitée que le reste par les marchands russes, offrait par cela même à son commerce des chances plus avantageuses. Ges observations, dont je compris la justesse, ne purent cependant m ’ ébranler dans ma résolution ; je connaissais Trétiakoff pour un homme aussi prudent que courageux, et qui joignait en outre à ces avantages celui de posséder parfaitement le pays ; je savais d ’ un autre côté, pour les avoir éprouvées en maintes circonstances, que je pouvais compter sur mes propres forces et sur ma persévérance; aussi, tout en remerciant mon brave Russe de ses officieux avis, je lui signifiai mon inébranlable résolution de l ’ accompagner dans son voyage. Trétiakoff n ’ avait plus d ’ objections à m ’ opposer, il céda et nous nous occupâmes aussitôt des préparatifs de notre départ. Ils ne furent pas longs, car nous n ’ avions à suivre jusqu ’ à Irkoutsk qu ’ une grand ’ route parfaitement munie de relais de poste, et c ’ était seulement dans cette ville que nous devions nous occuper des arrangements nécessaires pour continuer notre voyage : désirant d ’ ailleurs éviter toute cause de retard, nous n ’ emportâmes que deux petits porte-manteaux, avec le linge et les habits indispen ­ sables, et nous partîmes en chariot de poste. Nous quittâmes Pétersbourg le 25 mars, et arrivâmes à Moscou dans les premiers jours d ’ avril ; en deçà de Moscou, jusqu ’ aux monts Oural, le débordement dun grand nombre de rivières retarda beaucoup notre voyage, incident qui contraria vivement mon compagnon, mais qui ne fut pour moi, voyageur touriste, qu ’ une agréable diversion à la monotonie que nous eût présentée sans cela la route que nous parcourions. Toutes les vallées se trouvaient, grâce à cette inondation, transformées en lacs im ­ menses, du sein desquels sortaient, comme de gigantesques roseaux, les arbres qui commençaient à verdir, et, du sommet des collines

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