Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
454 VOYAGE EN RUSSIE. besoin, pour respirer et vivre, de l ’ air libre du monde entier et des émotions sans cesse renaissantes qu ’ offrent au voyageur les incidents de la vie errante et l ’ aspect toujours changeant du mo bile panorama qui se déroule sous ses yeux. Semblable à ces pécheurs qui redisent chaque matin : « Encore aujourd ’ hui la joie et demain la pénitence, » chaque fois que j ’ en treprends un voyage, je promets à mes amis et je me promets à moi-rnéme que celui-là sera le dernier; mais je ne suis pas plus tôt de retour, qu ’ oubliant mes résolutions et mes promesses, je repars encore pour quelque lointain climat, non sans avoir fait de nouvelles promesses et pris de nouvelles résolutions que je tiendrai probablement comme les précédentes, car l ’ habitude est si invétérée, que dans la peau mourra le renard; et je crains bien que quelque jour on ne me trouve grillé par le soleil de l ’ équateur, à moins pourtant que je n ’ évite cette triste fin en me faisant geler dans les glaces de l ’ un ou l ’ autre pôle. En 1850, j ’ étais à Saint-Pétersbourg où m ’ avait conduit mon humeur vagabonde, et déjà, commençant à trouver que mon séjour se prolongeait trop longtemps dans cette brillante capitale, je m ’ interrogeais pour savoir de quel côté je dirigerais mes nou velles pérégrinations, quand le hasard me mit en relation avec un certain Ivan Trétiakoff, jeune marchand russe qui faisait, avec la Sibérie, le commerce des pelleteries et des dents de mam mouth, ivoire antédulivien que l ’ on exporte de ces contrées de puis un temps immémorial, et qui s ’ y rencontre encore à l ’ état fossile aussi abondant qu ’ autrefois. En m ’ entretenant avec Tré tiakoff de cet étrange pays de la Sibérie où il avait déjà accompli plus d ’ un voyage, je fus pris de l ’ invincible désir de visiter une terre si curieuse et si remarquable à tant d ’ égards et pourtant si peu explorée, et je fis à Trétiakoff la proposition de l ’ accompagner; il accepta avec joie, mais sans me dissimuler pourtant que l ’ entre prise était périlleuse, et que nous aurions probablement à affronter bien des dangers, et à supporter des privations et des souffrances
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