Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

KIEFF. 451 de murailles de granit d ’ une élévation de trois toises sur une lar ­ geur d ’ un mètre et demi environ. Ces portes étaient celles par lesquelles passaient les armées de Vladimir et les armées de Yaroslaff, après avoir vaincu les Pétché- nègues, mais aussi les mêmes que franchirent les Tatars. Quant à la troisième partie de Kieff, à la ville basse plutôt, celle- ci s ’ étend timidement, modestement sous l ’ autre, jusqu ’ aux rives du fleuve, comme une sœur cadette aux pieds de son aînée dont elle reconnaît la supériorité. ’ Kieff est d ’ ailleurs d ’ un aspect animé, on y sent le bien-être. Son fleuve, l ’ intelligence de ses habitants, le mouvement de son commerce, surtout avec Odessa *, la richesse et la fécondité des campagnes qui l ’ entourent, tout concourt à entretenir dans cette cité cette aisance et ce bien-être riant qui frappent dès l ’ abord. Je viens de parler de la fécondité de ses environs,- rien n ’ est com ­ parable à l ’ abondance des fruits de Kieff 2 . Je pus voir ses environs en allant visiter la fameuse colline chauve (Liçaïa Gord), hantée chaque nuit par les Vehdma, sorte de méchantes sorcières, qui en ont fait le lieu favori de leurs ébats. La nuit de la Saint-Jean est celle où les Vehdma célèbrent leurs fêtes, et cette nuit-là, il y aurait danger à passer à proximité de la merveilleuse colline. Que si vous vous entreteniez de ce sujet avec quelque digne enfant du peuple, il vous dirait que chaque maison, dans le pays, est habitée par une Vehdma invisible ; que ce sont de méchantes fées fort gourmandes, et qui, heureusement, elles se bornent à voler le lait des vaches. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans la Petite-Russie, le pays des bilines (contes) et des traditions populaires. 1 Commerce d ’ exportation. 2 Les Kiéviens m ’ en voudraient avec raison si je ne consacrais pas un mot à leurs célèbres confitures. Or les confitures de Kieff sont sèches et d ’ une espèce qu ’ on ne peut comparer à rien de ce que nous connaissons en France. J ’ ajoute qu ’ à mon goût il en est peu qu ’ on puisse leur préférer; elles croquent sous la dent, et cependant ne sont pas dures; elles ont un parfum d ’ une finesse exquise.

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