Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

KIEFF. 449 Des chrétiens, exaltés par une piété qu ’ on pourrait dire mala ­ dive, se condamnaient, victimes volontaires, à mourir de faim dans ces caveaux, dont une sorte d ’ étroite meurtrière s ’ ouvrait sous d ’ autres caveaux; et au dernier moment, lorsqu ’ ils sentaient les angoisses de la dernière agonie, ils se traînaient à ces ouvertures, et laissant voir leur figure pâle, décharnée et dévorée par la fièvre de la mort, ils priaient les autres chrétiens de fermer leur tornheau , c ’ est-à-dire de murer l ’ étroite fenêtre par laquelle ils pouvaient encore communiquer avec des êtres vivants : sur leur demande, la fenêtre était murée, le fanatisme répondait au fana ­ tisme, et une tombe s ’ était fermée sur un être vivant. Comme ces petits caveaux se trouvent entre des piliers ou des colonnes, - cet endroit s ’ appelle Stopniki (muré entre des colonnes). Je vis des étrangers qui s ’ agenouillaient devant les images des chapelles sépulcrales répandues dans ces souterrains, et frappaient à plusieurs reprises la dalle avec leur front; d ’ autres baisaient dé ­ votement les vêtements des morts dans leurs cercueils ; d ’ autres murmuraient des prières monotones et d ’ une voix sépulcrale; d ’ autres enfin se frappaient la poitrine en poussant de longs soupirs. Je l ’ avoue, la vue de toutes ces choses étranges, sombres et superstitieuses, avait jeté dans mon âme une terreur pleine de tressaillements... Je ne suivais plus qu ’ en tremblant le moine à robe noire qui me précédait comme un spectre dans ce séjour des ombres et de la mort... Et lorsqu ’ après avoir accompli ce pieux et terrible pèlerinage, je revis enfin la lumière du ciel, je bénis Dieu comme si j ’ eusse échappé à quelque danger inconnu et mystérieux. Avant de quitter la forteresse, j ’ allai visiter l ’ église de Saint- Nicolas-le-Thaumaturge, bâtie en bois, et, à ce qu ’ on assure, sur le tombeau du célèbre Oskold, dont il a été question ; cette église, sur une hauteur qui domine le Dniépèr, n ’ a d ’ ailleurs que ce vieux souvenir qui la distingue. 2!)

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