Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

30 VOYAGE EN RUSSIE. surtout italiens. On y voyait aussi un musée d ’ antiquités romaines, une collection de vases étrusques et mille autres objets de valeur historique. C ’ était au milieu de ces trésors de l ’ art et de l ’ intelligence, parmi ces toiles signées : Titien, Raphaël, Léonard de Vinci, Salvator Rosa, il Giordano, etc., qu ’ elle se plaisait à réunir, certains jours, les plus célèbres représentants de la poésie et de la littérature russe contemporaine ; c ’ est là, entre 1827 et 1830, que j ’ ai pu voir Pouchkine, Kryloff, Youkowsky, c ’ est-à-dire le Ryron, le La Fon ­ taine et le Lamartine moscovites; que j ’ ai pu voir Gnéditch, le tra ­ ducteur d ’ Homère, et Kozloff, aveugle comme le chantre d ’ Ulysse, et qui donna de charmants et doux poèmes à la Russie ; là enfin que j ’ ai vu une foule d ’ écrivains qui tous recevaient dans cette noble .et riche demeure une hospitalité aussi intelligente et gra ­ cieuse que pleine de cœur. Depuis, les maîtres en sont disparus frappés par la mort à peu de distance l ’ un de l ’ autre , mais toutefois longtemps après les grandes célébrités que je viens de nommer. Aujourd ’ hui, l ’ élégant hôtel est fermé, il a perdu ses tableaux, scs statues , sa bibliothèque ; les échos de ses grandes salles, de ses voûtes, de ses plafonds dorés ne répètent plus que les pas de quelques serviteurs paresseux ; mais les souvenirs y sont encore vivants, et pour celui qui a seulement entendu parler des hôtes spirituels et aimables qui en firent les honneurs pendant plus de quarante ans, pour celui-là c ’ est un lieu consacré par les Muses qu ’ on ne saurait visiter sans une tendre et religieuse émotion *. Je ferme ma parenthèse. * Cet hôtel appartient aujourd ’ hui à madame la comtesse de Borch , l ’ une des hiles de feu le comte de Laval. Mais elle a habité jusqu ’ à présent une autre maison qu ’ elle possédait à l ’ autre extrémité du quai Anglais. Au moment où je trace ces lignes, les ouvriers se sont emparés de l ’ hôtel-Laval pour le mettre en état de re ­ cevoir cet automne madame de Borch et sa famille. Madame de Borch est également

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