Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

LE CAUCASE. 381 nation sc fit entendre. Le Circassien tomba, et un instant traîné par son cheval, il laissa une longue trace sanglante sur la neige. La balle lui avait brisé le crâne. André en avait reçu une dans le bras. Le Tcherkesse fut transporté au village le plus prochain, après quoi je ramenai André, qui perdait beaucoup de sang. Le doc­ teur arrivé déclara que la balle n ’ avait touché que les chairs, et que quelques semaines suffiraient pour que la blessure fût parfaite ­ ment guérie. Par un bonheur inexprimable, le bruit de ce duel fut étouffé, et si j ’ en parle aujourd ’ hui, c ’ est qu'il est déjà vieux. Les versions furent diverses sur la mort du Tcherkesse : suivant les uns, cet officier s ’ était tué en tombant de cheval sur la glace; suivant les autres, il s ’ amusait à tirer des coups de pistolet sur la Néva, et un ricochet de balle l ’ avait atteint au front. Au bout de huit jours, il n ’ était plus question de rien. — Voilà. Et la princesse Souléïka? demanda un des jeunes gens. — Ah ! ceci est un roman. Elle fut d ’ abord envoyée à Saint- Pétersbourg par le général de la division dans laquelle servait André. Là une grande dame demanda la permission de se charger d ’ elle : après l ’ avoir fait baptiser, elle la présenta dans le monde, et finit par lui faire épouser un baron allemand. Le narrateur s ’ arrêta. Il fut plus que jamais question des mon ­ tagnards, et lorsqu ’ André rentra, tous les jeunes gens se levèrent pour lui serrer la main : après quoi un baccarat monstre s ’ orga ­ nisa. Il dura fort avant dans la soirée. André y perdit beaucoup d ’ argent. Nous gagnâmes Piatigorsk , où nous étions logés. Au moment de nous séparer, André me dit : — Soyez prêt demain à neuf heures, si vous voulez être de la partie dont je vous ai parlé. Je tressaillis. — Bien sûr ? 11 sourit. Seulement, ajouta-t-il, je suis fâché que vous n ’ ayez pas joué.

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