Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
380 VOYAGE EN RUSSIE. — Parfaitement entendu. Les Circassiens sortirent. Je regagnai le cabinet d ’ André , qui rentra bientôt après... s ’ excusa très-naturellement, et demanda une pipe et une autre tasse de café, attendu que la première s ’ était refroidie; ensuite les parties s ’ organisèrent : André perdit beau coup, ce qui parut l ’ enchanter... car notre cher ami s ’ est mis dans la tête que le malheur aux cartes est un indice de succès partout ailleurs. Les parties achevées, tout le monde partit, excepté moi... et j ’ avouai à André que je savais tout. — Cela se trouve bien, me dit-il, car c ’ est toi, Nicolas, que je comptais prier de me seconder. — Je l ’ en remerciai. Vous comprenez, Messieurs, poursuit le narrateur, que le len demain nous ne fûmes pas les derniers au rendez-vous. Le ciel était clair, mais il faisait encore nuit : je vous demande, avant huit heures, au mois de décembre! l ’ heure est matinale : nous étions descendus de traîneau un peu avant l ’ endroit désigné, et nous nous mîmes à nous promener en fumant. Cependant une ligne rougeâtre se fit voir au ciel du côté du levant, une faible lumière vint éclairer l ’ horizon, et au bout de peu d ’ instants nous dis tinguâmes nos deux montagnards qui arrivaient au galop, en tirant des coups de pistolet pour exciter leurs montures et peut- être aussi pour se refaire la main' Ils vinrent droit à nous et parurent étonnés que nous ne fus sions pas à cheval, le duel devant avoir lieu de cette manière. 11 y eut ici une vive discussion entre le grand Circassien et moi. Mais André y coupa court en déclarant qu ’ il acceptait le combat à cheval. Alors le témoin de son adversaire mit pied à terre et lui céda sa bête, une rosse à la vue, sans allure ni façon, mais des pieds de gazelle et des jarrets d ’ acier ! Les deux adversaires furent placés à deux cents pas de dis tance. Ils devaient courir l ’ un sur l ’ autre avec la faculté de tirer à volonté. Le signal fut donné par moi : les chevaux partirent au galop. Au moment où ils allaient se croiser, une double déto-
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