Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

378 VOYAGE EN RUSSIE. — Vous y voici, monsieur le comte. Cet ange de bonté était la fille d ’ Ismaïl-Bek, et la cousine du prince. Il désigna de nouveau son compagnon. — Vous la séduisîtes. — Monsieur, cela est faux ! — Vous vous en fîtes aimer, si vous préférez. — Elle eut pitié de moi. — Ce sera comme vous voudrez ; tant il y a qu ’ elle obtint de son père un adoucissement à votre captivité, et guérit la plaie de votre pied 1 . Bientôt vous eûtes la faculté de vous promener dans les environs de l ’ aoul. La fdle du chef vous accompagnait souvent. Le soir vous rentriez pour recommencer vos excursions le lendemain. Un jour vous sortîtes avec elle plus matin que de coutume, et le soir, vous ne reparûtes ni l ’ un ni l ’ autre. Vous aviez enlevé la princesse Souléïka. André regardait tour à tour les deux Circassiens, attendant la fin de cette singulière aventure. Le Tcherkesse reprit : — Vous devez savoir le reste. J ’ avais fait ma soumission par fatigue, par ennui, par curiosité. J ’ étais fatigué d ’ une guerre sans fin ni résultat; ennuyé de vivre dans nos sauvages montagnes; curieux de voir de près votre civilisation. Le prince, mon cama ­ rade, fit sa soumission pour venir se venger de vous. Dès qu ’ il vous eut découvert, il voulut vous poignarder... Je l ’ en empêchai et lui fis comprendre que puisqu ’ il avait accepté un rang sous vos drapeaux, il devait se soumettre aux mœurs que vos drapeaux imposent et agir d ’ autre sorte. Vousdevez comprendre maintenant cequele princeexigedevous. — Eh bien, monsieur, faites-moi la grâce de me donner votre adresse et de me dire l ’ heure à laquelle mes témoins pourront se présenter chez vous demain. 1 Les femmes circassiennes s ’ occupent du pansement et de la guérison des bles ­ sures.

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