Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

376 VOYAGE EN RUSSIE. suis ici que l ’ interprète de la personne directement intéressée dans la question... Cette personne, ajouta-t-il en désignant son compagnon, c ’ est le lieutenant, le prince Ismaïl-Bek. Si je prends la parole pour lui, c’ est que le prince s ’ exprime difficilement en français et plus difficilement encore en russe, quoiqu ’ il comprenne d ’ ailleurs fort bien ces deux langues. — Je vous ai dit que je vous écoute, monsieur, fit ici André impatienté. — Voici donc : vous avez fait la guerre du Caucase, monsieur le comte ? Notre ami s ’ inclina en signe d ’ affirmation. — Et vous vous êtes vaillamment comporté. Je vous rappel ­ lerai l ’ affaire de la grande Ravine par laquelle il fallait passer pour gagner l ’ aoul d ’ une tribu que vous vouliez surprendre.. André, dont l ’ intérêt commençait à s ’ éveiller, regardait son interlocuteur avec une singulière attention. Celui-ci continua : Un lit torrentueux, profond et tourmenté qui se déroule entre deux berges de roches vives, à travers les précipices et les brous ­ sailles. Il est un endroit où les deux berges, s ’ abaissant par acci ­ dent de terrain, offrent un passage aisé : c ’ était là que s ’ était postée votre colonne; mais là aussi, parmi d ’ épaisses touffes de bruyères et de genévriers, une troupe de montagnards embusqués, et que le diable n ’ aurait pas aperçue, gardait la ravine. La pre ­ mière compagnie russe qui se présenta fut décimée*. Le feu des nôtres semblait sortir de dessous terre : vos soldats tombaient comme des mouches, mais bravement, il faut en convenir. C ’ est ainsi que le lit du torrent était infranchissable, et que votre expé ­ dition avortait dès le début. Déjà les Cosaques commençaient à se démoraliser, lorsque vous parûtes, vous, monsieur le comte, à la tête de votre compagnie. Vous lui fîtes faire halte et vous 1 Tout ceci est parfaitement historique.

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