Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

LE CAUCASE. 375 étaient depuis un quart d ’ heure dans la salle d ’ attente, et qu ’ ils demandaient à le voir. André leur fit dire qu ’ il les priait de l ’ excuser, mais qu ’ il leur saurait bon gré de revenir le lendemain. Ils tinrent bon et il fallut bien qu'il les reçût ; mais au lieu de les faire entrer dans son cabinet, il sortit et alla les rejoindre où ils l ’ attendaient. A ce mot de Tcherkesses, nous craignîmes quelque aventure, et il fut convenu que j ’ irais me poster dans une petite pièce voisine de celle où se trouvaient les deux montagnards. Ils étaient encore jeunes, bruns, aux grands yeux noirs et au nez arqué, comme ceux de leur race. Ils portaient l ’ uniforme que vous savez : une tunique en drap bleu qu une étroite ceinture d ’ argent fixait à leur taille presque coupée en deux ; à cette ceinture était suspendu leur sabre à fourreau de maroquin rouge et à poignée ciselée ; un long poignard à gaine de velours pendait à l ’ autre côté de la ceinture. Leur pantalon bordé d ’ un galon d ’ argent descendait sur le cou-de-pied de leurs bottes jaunes armées d ’ éperons aigus. Leur poitrine largement bombée étalait une double cartouchière figurée par des baguettes d ’ argent enchaînées dans leurs étuis de drap. Leur coiffure à côtes de melon complétait ce costume connu, et donnait à leur personne quelque chose d ’ étrange et de théâtral. L ’ un des deux montagnards était grand; l ’ autre de taille moyenne. Celui-ci avait un regard oblique et l ’ expression du visage dure et malveillante. Ce fut l ’ autre qui prit la parole, en se servant de la langue française qu ’ il parlait avec une grande facilité. — Pardon, monsieur le comte, dit-il, si nous avons insisté pour être reçus immédiatement ; mais vous verrez bientôt vous- même qu ’ on ne remet pas volontiers une affaire de la nature de celle qui nous amène auprès de vous. — Je ne sais quelle nature d ’ affaire je puis avoir à démêler avec vous, messieurs : il n ’ importe, vous pouvez parler. — Et d ’ abord que je vous dise, reprit le Tcherkesse, que je ne

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