Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

LE CAUCASE. 373 — C ’ est que vous êtes peu habitué, que je sache, à ce genre de promenade. — Est-ce qu ’ avant votre première excursion vous y étiez ha ­ bitué, vous, mon cher André? — Oh ! voyez-vous, le cas était bien différent : moi, je venais au Caucase pour gagner un grade et la croix de Saint-George, tandis que vous... — Je n ’ ai rien à gagner, n ’ est-ce pas, sinon quelque balle ? Et votre estime donc?... — Pardon... mon estime vous est acquise avant tout, et je ne doute pas le moins du monde de votre courage; mais c ’ est que cette guerre est diabolique... ; ces satanés montagnards se cachent derrière les pierres, dans les broussailles, disparaissent aux re ­ gards comme des reptiles, et sont toujours devant vous, armés de leurs longs fusils à balles forcées. — Et croyez-vous par hasard qu'il était plus commode de faire la guerre des barricades à Paris, en 1848... ? Pardieu! mon cher capitaine, nos montagnards retranchés derrière leurs forteresses de grès valaient au moins vos montagnards derrière leurs rochers de granit, et je ne pense pas que les balles de ceux-ci aient un siffle ­ ment plus aigu que le sifflement des balles de ceux-là... Ainsi, de grâce, plus d ’ objection; je suis moins novice au feu que vous ne pouvez le croire... je ne me donne pas pour un héros, mais je puis vous assurer que je ne vous ferai pas rougir. — Eh bien! me dit-il, je crois qu ’ il est question de quelque chose comme d ’ aller surprendre un grand aoul dans la montagne, et de s ’ emparer ensuite d ’ une petite position gardée par nos en ­ nemis. Mais, avant cela, je vous promets de vous faire faire une promenade qui vous donnera tous les avant-goûts de ce que vous désirez voir... — Où donc, et quand cela? — Je vous dirai où en partant ; quant au moment, je ne l ’ ai pas fixé, mais ce sera bientôt : ainsi, préparez-vous.

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