Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

372 VOYAGE EN RUSSIE. alors sous bonne escorte, car les montagnards sont hardis, pleins de ruse et d ’ une merveilleuse dextérité. Il y avait parmi les baigneurs des familles venues de tous les gouvernements de l ’ empire : il y en avait de Moscou, il y en avait de Kazan, il y en avait de Karkhoff, et aussi plus d ’ un chef des tribus soumises. Je m ’ étais intimement lié avec les militaires russes, surtout avec l ’ ami du lieutenant Matvéieff, le capitaine André R... C ’ était un jeune homme d ’ environ trente ans, à la moustache blonde avec des cheveux noirs, les yeux bleus et perçants, la physionomie ou ­ verte, l ’ expression franche, quelque chose de loyal dans toute la personne. Il avait fait, plusieurs années auparavant, la guerre du Caucase, et y était revenu par besoin, par inquiétude d ’ esprit, et peut-être aussi par je ne sais quel besoin de l ’ inconnu et des aven ­ tures, dont un précédent séjour dans les montagnes avait pu lui donner le goût. André R... était généralement aimé des autres jeunes gens, qui l ’ entouraient d ’ ailleurs d ’ une déférence visible et parfaitement méritée. Je m ’ étais lié intimement avec lui. Ordinairement le dîner se prolongeait assez tard. Lorsque le dessert était emporté, que la dernière bouteille de champagne était vidée, on apportait le café, et avec le café le rhum et les pipes ; alors commençaient les récits : c ’ étaient toujours des relations d ’ affaires avec les montagnards, et je dois à la vérité de dire que les jeunes héros parlaient avec beaucoup de modestie d ’ eux-mêmes, et qu ’ ils n ’ épargnaient pas les éloges à leurs ennemis. Ils m ’ avaient tellement excité par leurs constantes histoires militaires, qu ’ ils firent naître en moi le désir le plus violent d ’ assister à quelqu ’ une de ces expéditions aventureuses et pittoresques dont le simple récit me faisait battre le cœur, sous l ’ empire des plus étranges et des plus délicieuses émotions. Je m ’ en ouvris à André. — Vrai! me dit-il... vous suivrez une expédition contre les montagnards... ? — Et qu ’ y a-t-il donc là qui puisse tant vous étonner?

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