Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

LE CAUCASE. 371 vallées , villages palissades qui se défendent comme des forte ­ resses; et puis aussi ces scènes antiques, où l ’ on voit de belles jeunes femmes aux yeux frangés d ’ ébène et au voile flottant, qui, comme les filles des patriarches, s ’ en vont puiser de l ’ eau au torrent avec des perles au cou et des bracelets aux pieds. A cet encadrement, il faut ses personnages; à ce théâtre, son drame, et le drame du Caucase, c ’ est la guerre aventureuse, hé ­ roïque, capricieuse, sans paix, sans trêve, sans fin! Enlevez tout cela à Piatigorsk, dis-je, et les eaux sont aussitôt désertées : je vous demande le charme, faire deux mille verstes, trois mille quelquefois, pour venir chercher cette vulgaire sécu ­ rité qu ’ on trouve à Ems ou à Wiesbaden! Sérieusement ces dan ­ gers inséparables du voisinage des Tcherkesses, et les précautions mêmes qu ’ on prend pour s ’ en garantir, donnent un piquant at ­ trait au séjour des eaux du Caucase; et si dès l ’ abord j ’ y éprouvai une certaine inquiétude désagréable, bientôt cette inquiétude se changea en une émotion pleine de charme. J ’ avais trouvé des connaissances dans tous les militaires qu ’ il y avait là... C ’ étaient de braves jeunes gens, comme je l>i dit, les uns arrivés récemment de Saint-Pétersbourg pour faire leur premier coup de feu; d ’ autres plus anciens, venus de telle forteresse de la ligne pour guérir quelque blessure de balle tcher- kesse, beaucoup aussi pour tuer le temps et attendre une expédi ­ tion, car c ’ est là le but, l ’ objet des vœux constants de cette jeu ­ nesse inquiète et brave. J ’ observai d ’ abord, et, je le répète, sauf le relief du danger etcer- tains traits inséparables de la localité, rien de bien différent dans l ’ existence de Piatigorsk et celle des autres eaux, par exemple de celles d ’ Allemagne. Le matin, le traitement, les eaux, la pro ­ menade dans le jardin ; le dîner au Wauxhall venait ensuite, la musique après le dîner ; puis, pendant la soirée, le bal quelquefois et le jeu toujours. On arrangeait aussi des parties dans les envi ­ rons, des excursions parfois lointaines dans les montagnes, mais

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