Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

LE CAUCASE. 3G9 lancolie; la moustache pendante, et sur son uniforme d ’ officier la croix de Saint-George de soldat. Je regardai cette croix curieusement. — Monsieur, me dit-il, cette croix qui vous étonne est pour moi le souvenir d ’ une faute autant que celui de la réparation. J ’ ai vingt^ix ans, il y en a huit que je fus promu au grade d ’ offi ­ cier dans un régiment des gardes : un mois ne s ’ était pas écoulé que je cherchais querelle à un camarade ; nous nous battîmes, il tomba, et je crus l ’ avoir tué. Je fus dégradé et envoyé au Cau ­ case comme soldat. Le remords était entré dans mon âme, et je voulus me faire tuer. Je fis tout ce qu ’ il fallait pour cela, et ce ­ pendant je ne parvins qu ’ à attraper quelques blessures. Que vous dirai-je? ces blessures me valurent cette croix. Peu de temps après je reçus les galons de sous-officier, et un an plus tard les épaulettes me furent rendues... Voilà comment il se fait que la croix de soldat est attachée à mon uniforme d ’ officier 1 . Je lui serrai la main. — Et, dis-je, lieutenant, cet adversaire que vous croyiez avoir tué? — J ’ eus le bonheur d ’ apprendre qu ’ il n ’ avait été que dange ­ reusement blessé. — Et vous ne demandez pas encore à être rappelé à Saint- Pétersbourg ? — Je veux à présent gagner la croix d ’ officier, me répon ­ dit-il. M. Matvéieff me donna une lettre pour un de ses amis, en gar ­ nison à Piatigorsk. — Il vous sera peut-être agréable de connaître là-bas quelques-uns de nos officiers du Caucase, et je ne saurais mieux vous adresser qu ’ au comte André R... — Mais j ’ accepte volontiers, quoique j ’ aie déjà plus d ’ une recommandation, entre autres pour le chef du régiment. • ’ Quelquefois un sous-officier de la garde, avant de recevoir les épaulettes, fait une campagne dans le Caucase et y gagne la croix de soldat.

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