Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

368 VOYAGE EN RUSSIE. nière écourtée ce qu ’ ils ont dit avec autorité et avec les dévelop ­ pements convenables. J ’ ai entrepris de donner une idée de la Russie pittoresque ; c ’ est donc au point de vue pittoresque que je dois considérer le Caucase. A Kislar je cherchai un compagnon de voyage, je n ’ en trouvai pas : il me fallut partir seul en télègue, avec Hilarion dont le ser ­ vice me devenait de plus en plus utile, et sous l ’ escorte d ’ un piquet de Cosaques de la ligne, armés jusqu ’ aux dents. Le cœur me battit, et j ’ éprouvai je ne sais quelle émotion mêlée d ’ orgueil, en jetant les yeux à ma gauche, sur ces vastes contre-forts cau ­ casiens, des gorges desquels pouvait, à chaque instant, sortir une nuée de Tcherkesses impitoyables. Hilarion paraissait peu se préoccuper de ce que notre situation avait de romanesque ou de dramatique : il est de fait que nous formions un tableau qui ne devait pas manquer de pittoresque, et dont l ’ encadrement avait du moins d ’ assez belles proportions. Je ne raconterai pas ce voyage, qui se fit sans encombres et qui, sauf les accidents du paysage, ne m ’ offrit rien de remar ­ quable. Les villes du Caucase sont toutes à peu près sur le même modèle : une forteresse, des palissades, des soldats, des casernes; des hôpitaux, des magasins, et puis de pauvres maisons. En voir une, c’ est les voir toutes; les sites seuls varient, quoique tous empreints de ce cachet sévère et sauvage qui caractérise ces vieilles et célèbres montagnes. * A Mosdok, je fis rencontre d ’ un jeune officier qui se rendait à Géorghiefsk; nous fîmes route ensemble, et sous la protection de la même troupe. 11 avait à Saint-Pétersbourg des amis qui étaient de ma connaissance, de sorte que la nôtre fut bientôt faite, car en Russie, encore plus qu ’ ailleurs, « les amis de nos amis sont nos amis. » . Le lieutenant Matvéieff était un jeune homme à la parole grave, la figure halée par le soleil du Caucase, quelque chose de martial dans les traits, où était répandue une certaine expression de me-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2